Le doute n’est désormais plus permis. L’équipe du président-élu veut systématiquement détruire tous les éléments de la politique climatique mise en œuvre par l’administration Obama.
C’est un curieux questionnaire qui vient de tomber sur le bureau des responsables du département à l’énergie américain (DOE). Envoyé par l’équipe de Donald Trump, ce formulaire est censé donner aux membres de la prochaine administration un bon aperçu des dossiers en cours. Rien de bien dramatique, en apparence.
74 questions
Certaines des 74 questions feraient presque sourire tant elles montrent la candeur de leur(s) rédacteur(s). Quel est le but du programme de modernisation des réseaux? Peut-on faire redémarrer le projet de stockage de déchets nucléaires de Yucca Mountain? Combien peut-on nommer de sous-secrétaires à l’énergie ?
D’autres interrogations sont, en revanche, bien plus inquiétantes. Au sous-secrétaire chargé de la science et de l’énergie, on demande ainsi quels projets arrêter pour réduire de 10% en un an le budget du DOE. Ce n’est pas le pire.
L’équipe du président-élu demande aux responsables de l’agence de l’information sur l’énergie (EIA)[1] comment ont été calculés les coûts de production des énergies renouvelables (ENR). «Ces représentations reflètent-elles les vrais coûts actualisés?», interroge l’un des membres de la garde rapprochée de Donald Trump. Les statistiques sur l’énergie solaire sont remises en question. Ce n’est pas tout.
Les républicains exigent aussi la liste de tous les fonctionnaires et des consultants employés par le DOE ayant établi le coût social du carbone. Selon une notice diffusée en juin 2013 par l’administration Obama, le coût sociétal du CO2 est passé de 21 à 36 dollars. Dit autrement, les externalités du changement climatique coûtent plus cher et les technologies bas carbone sont plus économiques que certaines énergies fossiles. Ce qui n’est pas forcément du goût d’un futur président qui considérait, il n’y a pas si longtemps encore, le réchauffement comme une invention chinoise.
Autre liste requise: celle des fonctionnaires et des consultants ayant assisté ou participé à des sommets climatiques de l’ONU, les COP, au cours des 5 dernières années.
Pour surprenantes qu’elles soient, ces demandes interviennent à un moment où les parlementaires républicains mettent la dernière main à la réforme de la législation encadrant le statut des fonctionnaires américains. Sous l’égide du député de l’Utah Jason Chaffet, la Chambre des représentants s’apprête à voter un texte réduisant le montant des retraites et, surtout, facilitant le licenciement des personnels employés par les agences fédérales. «Il émane de tout cela un parfum de chasse aux sorcières»,estime Naomi Oreskes, historienne des sciences à l’université de Harvard.
Les climatologues ont été les premières à réagir. Créé en septembre 2011 pour soutenir les scientifiques traînés en justice par les négationnistes du réchauffement, le Climate Science Legal Defense Fund (CSLDF) a tiré le premier. «Plus que jamais, les scientifiques doivent se préparer à réagir efficacement au harcèlement politique ou à l’intimidation judiciaire», écrit l’association, qui regroupe scientifiques, juristes, journalistes et documentaristes.
Le 14 décembre, le CSLDF diffusera, pendant le très couru congrès de l’union géophysique américaine (AGU) le Guide pratique de résistance à l’intimidation. En prime, les congressistes les plus inquiets pourront bénéficier d’une consultation gratuite avec un avocat. L’ère Trump s’ouvre décidément sous les meilleurs auspices.