Ce dimanche 26 juillet 2026 marque un tournant historique pour la République du Soudan du Sud. Le gouvernement a officiellement annoncé l’inscription du Paysage migratoire de Boma-Badingilo (PPMB) sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Premier site sud-soudanais à recevoir cette distinction d’exception, cette reconnaissance consacre la valeur universelle exceptionnelle d’un écosystème parmi les plus spectaculaires, intacts et écologiquement fonctionnels de la planète.
Cet écosystème d’une ampleur planétaire unique s’étend sur environ 12 millions d’hectares. Ce complexe de Boma-Badingilo englobe le parc national de Boma, le parc national de Badingilo ainsi qu’un vaste réseau de corridors fauniques interconnectés qui s’étirent jusqu’à l’Éthiopie voisine. Composé de savanes, de zones humides, de plaines inondables et de forêts, il constitue le cœur battant de la Grande Migration du Nil.
En 2024, le tout premier relevé aérien exhaustif du territoire a révélé des chiffres vertigineux : près de six millions d’antilopes — dont des cobes à oreilles blanches, des tiangs, des gazelles de Mongalla et des cobs des roseaux de Bohor — traversent chaque année ce vaste paysage au gré des pluies saisonnières. Ces immenses troupeaux empruntent des routes migratoires séculaires qui façonnent la dynamique écologique de toute la région depuis des millénaires.
« L’inscription aujourd’hui du paysage migratoire de Boma-Badingilo comme premier site du patrimoine mondial de l’UNESCO pour le Soudan du Sud est un moment historique et de grande fierté pour notre nation. Elle constitue une reconnaissance internationale du patrimoine naturel extraordinaire que le Soudan du Sud possède pour le bien du monde, et témoigne de notre engagement à le protéger pour les générations futures. » A déclaré Denay Jock Chagor, ministre de la Conservation de la faune et du Tourisme.
L’humain et la culture au cœur du projet conservatoire
Au-delà de sa faune exceptionnelle, la force du dossier présenté à l’UNESCO réside dans l’intégration étroite des communautés locales. Depuis des générations, les populations rurales et les autorités traditionnelles vivent en symbiose avec cette nature sauvage. Tout au long du processus de candidature, mené sous la houlette du ministère de la Culture, des Musées et du Patrimoine national, leur voix et leurs savoirs ancestraux ont guidé la conception du plan de gestion.
« Depuis des générations, nos communautés vivent au contact de la faune et des paysages de Boma et de Badingilo. Cette reconnaissance honore non seulement les animaux et la terre, mais aussi les populations dont la vie, les traditions et la culture ont toujours été intimement liées à eux. C’est un symbole fort de construction nationale. » A indiquéPaulino Warnyang, représentant communautaire.
Entre opportunités de développement et menaces croissantes
Si le classement à l’UNESCO est un motif de célébration nationale, la préservation à long terme du site représente un défi immense pour la plus jeune nation du monde. Le pays fait face à des besoins cruciaux d’infrastructures et de développement économique, qui doivent s’équilibrer impérativement avec la sauvegarde des terres, de l’eau et de la faune sauvage.
Pour African Parks, c’est un honneur de se tenir aux côtés du gouvernement, des communautés locales, des autorités traditionnelles et de ses partenaires pour assurer la pérennité de ce paysage. « C’est un jour de fierté pour le Soudan du Sud et un symbole fort de la construction nationale dans le plus jeune pays du monde. Il reste très peu de paysages sur Terre où subsiste un écosystème naturel d’une telle ampleur.» S’est réjoui Peter Fearnhead, directeur général d’African Parks.
Sur le terrain, les pressions s’intensifient déjà : une recrudescence sans précédent des activités extractives, le développement du braconnage commercial structuré, ainsi que les effets d’entraînement du changement climatique. Face à ces urgences, le statut de patrimoine mondial constitue un levier diplomatique, juridique et financier décisif pour mobiliser le soutien international indispensable.
Depuis 2022, l’organisation de conservation African Parks travaille aux côtés du gouvernement sud-soudanais dans le cadre d’un partenariat de gestion à long terme. Cette gouvernance conjointe allie protection de la biodiversité, sécurisation du territoire et renforcement durable des moyens de subsistance des communautés hôtes.
Un appel à l’action pour les générations futures
Sarah Nyanath Elijah Yong, ministre de la Culture, des Musées et du Patrimoine national, a souligné que cette inscription n’était pas une fin en soi, mais le début d’une responsabilité partagée. L’aboutissement de ce projet ambitieux est le fruit de plusieurs années de synergie entre le Service de la faune du Soudan du Sud (SSWS), l’UICN, l’UNESCO, African Parks et un réseau mondial de bailleurs de fonds engagés (notamment le Fonds anonyme de MCF, la Fondation Wyss, l’Union européenne, le Rainforest Trust et l’Elephant Crisis Fund).
En préservant l’un des derniers grands systèmes naturels fonctionnels de la Terre, le Soudan du Sud démontre que la protection de la biodiversité peut devenir un pilier de paix, d’identité nationale et de prospérité durable.
Sarah MANGAZA