Entre arrestations arbitraires, poursuites judiciaires abusives et assassinats, la protection des écosystèmes et des droits des communautés locales en République Démocratique du Congo (RDC) se fait désormais au péril de la vie. L’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme (ACEDH) vient de publier son rapport de monitoring pour la période allant d’août 2025 à mars 2026. Malgré le statut de « Pays Solution » revendiqué par la RDC face à la crise climatique mondiale, le territoire national reste un environnement d’une hostilité extrême pour ses propres militants de la nature.
Durant ces huit mois de suivi, l’ONG a documenté un total de 31 cas de violations graves des droits humains touchant directement les défenseurs de l’environnement et des droits fonciers (DDEF).
La tendance la plus marquante de ce rapport réside dans l’utilisation disproportionnée de l’appareil judiciaire comme outil de répression. Les procédures dites « SLAPP » (poursuites stratégiques contre la mobilisation publique) représentent à elles seules 52% des cas enregistrés (16 cas). Ces poursuites iniques, souvent téléguidées par des intérêts économiques ou des autorités locales, visent explicitement à intimider, museler et faire taire toute opposition aux projets destructeurs.
Les provinces de l’Est et du Nord payent le plus lourd tribut à cette guerre juridique sont notamment le Haut-Uélé : 6 cas liés principalement aux exploitations minières, la Tshopo : 5 cas (exploitations minières et forestières), le Maniema : 3 cas (exploitations minières et forestières), L’Équateur et le Nord-Kivu : 1 cas chacun.
Le prix du sang et de la terre
Au-delà de la traque judiciaire, l’horreur atteint son paroxysme avec la recrudescence de la violence physique. L’ACEDH a dénombré 6 cas d’assassinats ou meurtres, ayant fait un total de 12 victimes directes parmi les leaders communautaires et défenseurs fonciers. À cela s’ajoutent des enlèvements, des menaces de mort directes ainsi que des attaques physiques ciblées contre les biens des aires protégées (notamment le Parc National de l’Upemba, la Réserve de faune à cobes de la Réserve de Faune à tracker / RFO et le PNKB).
Cette dégradation sécuritaire est alimentée par un contexte d’instabilité chronique, exacerbé par l’expansion territoriale de la rébellion du M23, l’activisme des groupes armés (comme les Maï-Maï) et l’impunité totale dont jouissent les auteurs de ces exactions. L’ACEDH pointe également du doigt la corruption, le trafic d’influence, le rôle de certains services de sécurité ainsi que les failles persistantes de la Loi n°027/23 pourtant censée protéger les défenseurs des droits de l’homme en RDC.
Un appel urgent à des réformes profondes
Face à ce sombre tableau, plusieurs organisations de la société civile, appuyées par des mécanismes onusiens et des chancelleries occidentales (Union européenne, États-Unis, France, Pays-Bas, etc.), multiplient les interventions d’urgence pour exiger des libérations immédiates et assurer la mise en sécurité des militants menacés.
Pour enrayer cette spirale de violence, l’ACEDH formule des recommandations capitales :
- L’ouverture d’enquêtes judiciaires urgentes sur l’ensemble des assassinats et arrestations arbitraires de militants s’opposant aux multinationales ou entités économiques des secteurs minier et forestier.
- La révision immédiate de la loi relative à la protection des défenseurs des droits de l’homme.
- Le lancement d’une campagne nationale contre les poursuites SLAPP afin de sanctuariser la parole des acteurs de la justice climatique.
« La protection des défenseurs de l’environnement constitue une condition essentielle pour la préservation de la biodiversité, la justice climatique et le développement durable en République Démocratique du Congo », conclut fermement le rapport.
Alors que les ressources naturelles du pays sont au cœur des enjeux technologiques et de transition de demain, la voix de ceux qui les protègent localement ne doit plus être étouffée dans le sang ou derrière les barreaux.
Alfredo Prince NTUMBA