Incendie à Bumbu, le piège mortel des raccordements électriques clandestins à Kinshasa

Un drame s’est produit ce lundi après-midi dans la commune de Bumbu. Une habitation a été le théâtre d’un violent incendie causé par un raccordement électrique défectueux. Cet incident vient une fois de plus braquer les projecteurs sur un phénomène devenu monnaie courante dans la capitale congolaise : le piratage du réseau électrique.

Le courant « emprunté », un remède au réseau défaillant, est un système qui transforme le quotidien de nombreux ménages en une véritable roulette russe (correction : « remède du » remplacé par « remède au », et ajout de « est » pour la syntaxe). Face aux coupures d’électricité récurrentes et aux délestages intempestifs organisés par la Société Nationale d’Électricité (SNEL), l’accès à l’énergie est devenu un combat de chaque instant pour les Kinois.

Pour ne pas se retrouver plongés dans le noir, de nombreux habitants ont développé un réseau de solidarité ou d’opportunisme de seconde main. Dès qu’une coupure survient sur leur avenue, certains riverains se précipitent pour brancher clandestinement leurs câbles sur le réseau d’une avenue voisine épargnée. Cette pratique, perçue par beaucoup comme une simple solution de dépannage ou un droit d’accès à l’énergie, s’est progressivement généralisée au point de devenir la règle dans plusieurs quartiers populaires.

Une bombe à retardement au-dessus des têtes

Derrière l’illusion d’un foyer éclairé se cache pourtant un danger permanent. Effectués sans aucune compétence technique ni respect des normes de sécurité, ces raccordements sauvages reposent sur un chevauchement de câbles dénudés, souvent suspendus de manière précaire aux poteaux électriques ou traînant à même le sol.

Les conséquences de ces bidouillages sont dévastatrices. Ils surchargent la ligne (ou surcharge le réseau), car le réseau, conçu pour un nombre limité d’abonnés, se retrouve saturé par les connexions illégales, provoquant des courts-circuits fréquents et un risque d’électrocution, car les fils dénudés et non isolés constituent une menace mortelle, en particulier pour les enfants et lors des saisons de pluies où les eaux de ruissellement deviennent conductrices.

Cette situation peut provoquer des incendies dévastateurs, comme ce fut le cas cet après-midi à Bumbu, dans le quartier Ntomba. Une simple étincelle sur un câble surchauffé suffit à enflammer toute une parcelle en quelques minutes.

« C’est la maisonnette de mon jeune frère qui a pris feu. Il aime bien se procurer de l’électricité de toutes parts. Il n’en manque jamais. C’est la cause de cet incendie. C’est sûrement un câble qui a percuté l’autre au retour de l’électricité, car il est absent et son domicile était fermé ». A confié le frère de la victime.

​ L’urgence d’une prise de conscience collective

Si la frustration face aux carences en fourniture d’électricité est légitime, l’option du raccordement clandestin s’avère bien plus coûteuse en vies humaines et en dégâts matériels. Pour endiguer cette tragédie à répétition, une action conjointe est indispensable : une sensibilisation accrue aux risques d’électrocution, une rigueur renforcée contre les branchements piratés, mais surtout une amélioration concrète de la distribution de l’électricité par les services publics.

En attendant, les habitants de Bumbu constatent une fois de plus les dégâts subis par leurs voisins, après l’incendie de 2023, signalé dans le même quartier, suite aux raccordements frauduleux. Cette situation devrait rappeler que la quête de la lumière ne doit pas se faire au prix de sa propre sécurité.

« Il n’y a même pas d’eau au robinet. Plusieurs personnes ont dû prendre de l’eau dans leurs maisons pour aider à éteindre le feu. Heureusement, plusieurs jeunes du quartier ont mis la main à la pâte et nous avons réussi à empêcher le feu de toucher la parcelle voisine », a indiqué une voisine du lieu du drame.

Cet élan de solidarité locale a permis d’éviter le pire, car aucun camion d’incendie n’y serait arrivé à temps. Sans l’intervention rapide et courageuse des riverains du quartier qui se sont mobilisés pour circonscrire les flammes, l’incendie aurait pu dévorer l’ensemble de la parcelle et se propager aux habitations contiguës. Un drame évité de justesse qui rappelle que si l’entraide communautaire sauve parfois des vies, la quête de la lumière ne doit plus se faire au prix d’un tel danger.

Sarah MANGAZA