Serait-ce une course effrénée vers l’émancipation totale de ce peuple ? Ou alors une manipulation des nouveaux maîtres ? Difficile d’analyser à la hâte ce volte-face des peuples autochtones pygmées riverains du Parc national de Kahuzi-Biega, dans la province du Sud- Kivu. Dans une correspondance du 07 mars, adressée au gouverneur de la province, et dont Environews RDC s’est procurée une copie, les représentants de ces peuples demandent à l’autorité de ne plus reconnaître toutes les organisations bantoues qui se présentent comme accompagnatrices des peuples pygmées sur toute l’étendue de la province.
« Depuis 25 à 30 ans, les ONG qui prétendent être accompagnatrices des autochtones pygmées dans le Sud-Kivu, sur l’hinterland du Parc national de Kahuzi-Biega en particulier et en RDC en général n’ont jamais produit aucun résultat par rapport à l’épanouissement des pygmées. Ces organisations prédatrices ont profité de notre naïveté et faiblesse empêchant ainsi notre épanouissement pour leurs intérêts égoïstes », peut-on lire dans ce mémo.
Ils soutiennent leurs allégations par le fait que ces ONG des bantoues sont caractérisées par l’absence manifeste des pygmées dans leurs structures, alors qu’ils déclarent haut et fort qu’ils travaillent pour le compte des Batwa, au moment où ces derniers souffrent de la Kwashiorkor.
« C’est le cas notamment de l’UEFA de Madame Espérance Binyuki Nyota, CAMV de Monsieur Pacifique Mukuba, ARAP de Julien Basimika Enamiruwa, SIPA de Amuli Mwanuka APDMAC de Herman Tuteene Kusimwerayi, mais aussi Monsieur Kapupu n’est pas épargné, et tant d’autres qui sont en connivence et mal intentionnés contre les pygmées », précisent-ils.
Ils fustigent par ailleurs le fait que ces organisations bantoues étouffent l’émergence des organisations pygmées et pourtant, au sein de ces peuples figurent aussi des intellectuels capables d’aider leurs frères.
« Nos organisations demeurent combattues par ces prédateurs qui ne veulent pas voir les pygmées s’épanouir, afin de s’enrichir sur le dos de ces peuples en trompant la vigilance des partenaires nationaux et internationaux », insinuent-ils.
Les peuples pygmées du Sud-Kivu réitèrent leur engagement à continuer à protéger la forêt, en leur qualité de premiers occupants de ces espaces. « Nous avons le devoir de nous comporter en conservateurs de l’écosystème forestier et animal et non en destructeur comme nos ennemis peuvent le croire », concluent-ils.
Ils recommandent en outre que le PNKB (Parc national de Kahuzi-Biega) joue le rôle d’intermédiaire entre l’Etat congolais et les autochtones pygmées de cette partie de la République.
Alfredo Prince NTUMBA