Forêt : Le FCF insuffle une nouvelle dynamique aux initiatives locales de développement et de conservation en RDC

Près d’un an après ses premières subventions pilotes, le Fonds communautaire pour les forêts (FCF) passe à la vitesse supérieure. Vingt-neuf communautés de l’Ouest et de l’Est de la République démocratique du Congo bénéficient désormais d’un appui financier direct, alliant développement économique local et protection des écosystèmes forestiers.

Incubé par la Rainforest Foundation Norway (RFN), ce modèle d’accès direct aux financements pour les peuples autochtones et les communautés locales fait ses preuves sur le terrain. « Les premières subventions nous ont permis de tester le mécanisme avec onze communautés dans l’Équateur. Aujourd’hui, certaines poursuivent leurs projets grâce à un deuxième financement, tandis que d’autres bénéficient d’un premier appui, notamment dans l’Est de la RDC. Notre ambition est de permettre à davantage de communautés forestières d’accéder à des financements adaptés à leurs priorités », a précisé Félix Mukwandja, gestionnaire de programme à la RFN.

Des équipements concrets pour transformer le quotidien

Dans ces zones du projet, les subventions qu’il s’agisse de matériels, d’équipements ou de fonds de roulement répondent à des besoins exprimés directement par les habitants lors d’assemblées communautaires. C’est le cas dans la communauté d’Ehanga (Équateur), pionnière du dispositif, qui décroche une seconde subvention. Grâce à une première aide, les membres de la communauté avaient acquis une pirogue motorisée qui a facilité le transport des marchandises vers les centres commerciaux. Elle sert également aux communautés voisines qui la louent pour transporter leurs produits..

« Les revenus de ces transports nous permettent de renforcer les activités de développement de notre CFCL », se réjouit Mwanza Mola, membre de la communauté d’Ehanga.

Forte de cette réussite, la communauté a choisi d’investir sa nouvelle dotation dans une seconde embarcation, quatre charrettes pour acheminer les récoltes au port, et un projet de culture d’arachides de huit hectares. L’objectif final est de réhabiliter le poste de santé local pour offrir de meilleures conditions d’accouchement aux femmes.

Plus à l’est, dans la communauté d’Asimia, c’est l’arrivée début octobre d’une décortiqueuse de riz qui vient transformer l’économie locale. Cet équipement permet aux habitants de valoriser leur production sur place.

« Nous pensons qu’au travers des activités menées grâce à cette machine, nous allons générer des recettes pour financer de petits projets au sein de notre communauté, en particulier pour les femmes regroupées au sein des associations AVEC », a expliqué Tanzi Makofi Madrandele, président du comité local de gestion de la CFCL Asimia.

Concilier sécurité alimentaire et protection des forêts

Dans les paysages forestiers et les zones de tourbières fragiles, les projets soutenus encouragent aussi de nouvelles pratiques durables. À Walikale, dans la CFCL Babumbu, les habitants ont opté pour la culture du maïs afin de pallier la baisse de rendement du manioc et des arachides.

« Nous avons choisi de cultiver du maïs parce que le manioc et les arachides ne donnent plus de bonnes récoltes. Nous voulons produire de la farine pour nourrir nos familles, mais aussi en vendre pour payer les frais scolaires et les soins de nos enfants », a témoigné Madame Omokondi, représentante des femmes au sein du comité local de gestion.

Au-delà de la sécurité alimentaire, cette initiative s’accompagne d’un changement de paradigme environnemental. Alors qu’ils avaient l’habitude de défricher de nouvelles portions de forêt par conviction d’une meilleure fertilité, les habitants privilégient désormais la réutilisation de terres déjà exploitées, tout en envisageant de futures activités de pisciculture et de sensibilisation à la conservation.

Dans l’Équateur, les communautés de Bikita et Mangbende, établies au cœur de vastes tourbières des réservoirs majeurs de carbone essentiels pour la régulation climatique, se tournent quant à elles vers l’apiculture et l’élevage porcin. Une manière ingénieuse de diversifier leurs sources de revenus tout en réduisant la pression humaine sur ces écosystèmes mondiaux vulnérables.

Une gouvernance résolument communautaire

La force du FCF réside également dans son architecture institutionnelle. Ses organes de décision accordent une place centrale et majoritaire aux représentants locaux, qui pilotent les orientations stratégiques du Fonds.

De l’agriculture à l’apiculture, en passant par la pisciculture, l’artisanat, la transformation des récoltes ou l’énergie solaire, ces 29 communautés démontrent qu’un développement ancré dans les réalités locales et piloté par les populations elles-mêmes constitue un levier puissant pour l’avenir des forêts de la RDC.

La Rédaction