Huit ans après la validation de la Stratégie Nationale de la Foresterie Communautaire (SNFC) en 2018, les acteurs du secteur ont entamé un processus d’évaluation critique. Cet examen, bien que tardif par rapport à la phase expérimentale initiale de cinq ans, est jugé indispensable pour adapter le cadre légal et opérationnel aux réalités actuelles du pays pour mieux répondre aux nouveaux défis climatiques et socio-économiques. C’est dans ce cadre que s’est tenue à Kinshasa, ce vendredi 21 août 2026, une réunion de présentation du cadre méthodologique d’évaluation de ce processus.
L’ensemble des parties prenantes a officiellement validé la démarche méthodologique qui guidera l’évaluation indépendante de la phase expérimentale de la Stratégie Nationale relative à la Foresterie Communautaire (SNFC).
Un examen indépendant indispensable après 8 ans de mise en œuvre
Consacrée par l’arrêté ministériel de mars 2018, la Stratégie Nationale relative à la Foresterie Communautaire a été conçue comme la « boussole » devant orienter l’attribution et la gestion des Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) sur une période de 15 ans. Elle prévoyait obligatoirement une évaluation à l’issue de sa phase expérimentale de 5 ans (2018-2023).
Cependant, en raison de contraintes financières et d’un besoin d’harmoniser les approches entre acteurs, cet exercice n’avait pu se tenir à l’échéance initiale. Grâce au leadership de l’administration forestière et au soutien des partenaires, un consensus s’est dégagé pour mener une évaluation indépendante élargie jusqu’en 2025, couvrant ainsi huit années d’expérimentation.
« La stratégie a été élaborée et validée en 2018 pour une phase expérimentale. Aujourd’hui nous sommes en 2026. L’évaluation était importante parce qu’à l’époque, plusieurs thématiques de l’heure comme le marché carbone ou la montée en puissance de la conservation de la biodiversité n’étaient pas en vogue. Il faut l’adapter au contexte actuel pour avoir un processus apaisé, consensuel et axé sur le développement des communautés », a renseigné le professeur Carmel Kifukieto, directeur exécutif du CAGDFT.
Une méthodologie mixte axée sur le terrain et l’inclusion
Le rapport de démarrage présenté par le binôme de consultants évaluateurs (Guy Patrice Dkamela et Alain Parfait Ngulungu) définit un protocole rigoureux. L’évaluation s’appuiera sur une approche mixte combinant revue documentaire approfondie, entretiens semi-structurés, discussions de groupe (focus groups) et analyses SWOT.
Les missions de terrain couvriront spécifiquement 4 provinces pilotes représentatives de la diversité des écosystèmes et des enjeux forestiers du pays à savoir, Équateur (CFCL Ilebo), Tshopo (CFCL Bambaka de Bafwamogo), Kwango (CFCL Kuku Wanzi), et Haut-Katanga (CFCL Makondo).
En outre, des enquêtes à distance cibleront des zones spécifiques telles que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu (avec le Réseau CREF et Strong Roots). Au total, 49 entretiens individuels et 12 discussions de groupe sont programmés. Un accent particulier sera mis sur l’intersectionnalité, garantissant la prise en compte des voix des femmes, des jeunes et des Peuples Autochtones Pygmées dans le respect du Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP).
Mesurer l’impact socio-économique et sécuriser les droits
L’un des enjeux majeurs réside dans la vérification des retombées réelles pour les populations rurales. Comme l’explique Alain Parfait Ngulungu, expert évaluateur : « L’impact socio-économique se vérifie à la base par des éléments démontrant clairement l’utilisation soutenable de la concession. Lors de nos visites sur le terrain, les faits vont attester s’il y a un impact réel à l’issue de l’acquisition des CFCL ».
Ce projet est mis en œuvre par le Centre d’Appui à la Gestion Durable des Forêts Tropicales (CAGDFT) en étroite collaboration avec la Division Foresterie Communautaire (DFC/MEDD-NEC). Il bénéficie du concours financier et technique de Tenure Facility (TF), de l’Institut Européen de la Forêt (EFI) et du programme britannique FCDO/FGMC.
Prince Longungu Muema, responsable du bureau Tenure Facility à Kinshasa, rappelle l’objectif ultime de cette démarche : « Le but poursuivi est de permettre à la RDC d’avoir un outil de sécurisation et de reconnaissance des droits des peuples autochtones et communautés locales qui soit efficace et adapté au terrain. Nous nous tenons aux côtés du gouvernement et de la société civile pour accompagner les réformes qui découleront de cette évaluation ».
À la suite de la validation de la méthodologie lors de cet atelier, le calendrier prévisionnel des activités s’établira comme suit :
- Fin août – Septembre 2026 : Finalisation de la revue documentaire et descentes sur le terrain dans les 4 provinces pilotes.
- Début octobre 2026 : Consolidation des données et rédaction du rapport provisoire d’évaluation.
- Fin octobre 2026 : Tenue de la Table Ronde Nationale Multi-Acteurs et atelier national de validation du rapport final à Kinshasa.
- Perspectives : Réunion du Comité de Pilotage de la SNFC (COPIL) pour acter la révision de la stratégie nationale et le lancement de la nouvelle phase de gestion.
Cette démarche inclusive promet d’offrir au gouvernement congolais et à ses partenaires une feuille de route renouvelée pour faire de la foresterie communautaire un véritable levier de développement local et de transition écologique.
Alfredo Prince NTUMBA