La journée du 31 juillet 2026 reste historique et empreinte d’émotion pour les communautés locales et peuples autochtones pygmées issus des villages Simba, Loposo, Mosonde, Ndote, Lokole, Samba, Botale, Bwembete et Mokili situés dans le secteur du Lac Ntomba, territoire de Bikoro, au cœur de la province de l’Équateur. Ces communautés ont officiellement reçu leurs documents légaux de sécurisation foncière. Cartes communautaires, procès-verbaux de validation des limites et croquis cadastraux leur ont été remis lors d’une cérémonie officielle.
Ce processus, mené par l’ONG SPFA (Solidarité pour la Promotion des Femmes Autochtones ), en partenariat avec la CONAREF (Commission Nationale de la Réforme Foncière) et la Fondation Cadasta, soutenu par le programme britannique FCDO (Foreign, Commonwealth & Development Office), s’inscrit directement dans le cadre de la nouvelle dynamique foncière en République Démocratique du Congo.
Le fruit d’un long processus de réforme
Pour les acteurs de la société civile, cet événement marque l’aboutissement d’un travail de longue haleine initié lors des révisions législatives du secteur foncier.
« C’est le fruit du travail que nous avons abattu depuis le début du processus de la réforme foncière », explique Marie-Thérèse Okenge, représentante de la société civile au sein de la CONAREF. « Après avoir produit les documents de politique foncière, nous avons révisé la loi foncière de 1973, dite loi Bakajika. Sur cette base, nous avons produit des outils de sécurisation foncière. Ce sont ces outils qui nous ont permis d’atteindre l’objectif d’aujourd’hui. »
Mme Okenge a également souligné l’efficacité de la démarche participative adoptée sur le terrain : « Chaque terroir villageois a obtenu sa carte, et c’est vraiment la joie. Au cours de ce processus, nous avons résolu près de 90 % des conflits fonciers que nous avons trouvés sur le site du projet. »
Les autorités provinciales ont tenu à saluer cette initiative, y voyant le pilier d’un développement durable axé sur l’« économie verte ». Le représentant du gouverneur de province a réaffirmé le soutien total des autorités à ce genre d’initiatives.
« C’est vraiment une grande joie d’avoir participé à cette activité qui constitue pour nous une avancée majeure dans la sécurisation des tenures foncières. Le développement commence à partir de la base. Lorsque les communautés ont des terres et des forêts sécurisées, cela permet de travailler calmement et de se développer plus facilement », a déclaré Samuel Yende Ibola, conseiller juridique du gouverneur.
Une méthodologie participative et préventive

Pour mener à bien ce projet, une approche inclusive et scientifique a été rigoureusement appliquée. La cartographie participative a directement impliqué des cartographes locaux issus des villages voisins afin d’éviter tout biais. Bonheur Bolia, gestionnaire du projet et technicien SIG au sein de l’ONG SPFA, précise l’impact direct de ce travail.
« Le projet a permis à la communauté locale et aux peuples autochtones pygmées de la province de l’Équateur de reconnaître avec exactitude les limites qui les séparent des communautés voisines. Le projet a également contribué à prévenir les conflits de limites. Désormais, ces communautés ont leurs droits coutumiers reconnus par elles-mêmes et par le gouvernement congolais », a-t-il précisé.
Du côté de la Fondation Cadasta, Samuel Mboh, représentant technique, insiste sur la nécessité de poursuivre ces efforts sur la durée. « Le foncier est la base de tout investissement. Si on gère bien le foncier, tous les autres projets pourront avoir une base fixe et ferme sur laquelle s’appuyer. La méthodologie que nous avons prise permet vraiment d’éradiquer les conflits fonciers entre les communautés. Nous espérons revenir pour étendre nos efforts, mais nous plaidons auprès des bailleurs pour qu’ils accordent plus de temps à ces projets, car résoudre des conflits fonciers prend du temps », a-t-il plaidé.
Vers une réplication du modèle ?
Alors que les tensions foncières demeurent un défi majeur dans de nombreuses provinces de la RDC, l’expérience réussie de Bikoro apparaît désormais comme un modèle pilote à dupliquer. Grâce à la reconnaissance officielle de leurs terres ancestrales, ces neuf communautés disposent désormais d’un outil juridique solide pour préserver leurs ressources, prévenir les litiges et bâtir un avenir serein.
Notons par ailleurs que cette étape précède l’obtention définitive d’un acte juridique de sécurisation perpétuelle des terres de ces neuf villages. Selon l’organisation accompagnatrice, l’étape finale sera faite après la mesure d’application devant désignée l’autorité compétente qui délivrera l’acte final de sécurisation des terres des communautés locales conformément à la reforme et la loi foncière en République démocratique du Congo.
Alfredo Prince NTUMBA