​Conservation : Le rhinocéros noir signe son grand retour dans le parc national de Matusadona au Zimbabwe

Dix-sept rhinocéros noirs, une espèce en danger critique d’extinction, ont été réintroduits avec succès dans le parc national de Matusadona. Ce retour historique marque une étape majeure pour la conservation de la biodiversité au Zimbabwe, trente ans après. L’information a été rendue publique ce mercredi 3 juin 2026 par African Parks.

​Cette réintroduction consacre le retour d’une espèce emblématique qui dominait autrefois ce paysage. Avant l’essor du braconnage de masse à la fin des années 1980 et au début des années 1990, la région de Sebungwe, avec Matusadona en son centre, abritait la plus grande population contiguë de rhinocéros noirs du pays. Face à la violence de cette crise, l’Autorité de gestion des parcs et de la faune sauvage du Zimbabwe (ZimParks) avait pris la décision d’évacuer les derniers survivants des zones à haut risque pour les relocaliser dans des sanctuaires plus sûrs à travers le pays.

​Un retour chargé d’émotion

​Pour les acteurs de l’époque, ce transfert est un accomplissement inespéré. ​« J’étais ici dans les années 1990, lorsque nous les avons perdus. J’ai participé à la capture des derniers survivants ; nous les avons transportés par avion en lieu sûr, sans savoir si l’espèce reviendrait un jour », se souvient avec émotion Michael Pelham, directeur du parc national de Matusadona. « Matusadona est indissociable du rhinocéros noir. En parcourant ces paysages ces derniers temps, j’ai ressenti avec force l’absence de cette icône. » A-t-il ajouté.

​Cette opération d’envergure s’inscrit directement dans la stratégie nationale du Zimbabwe pour le rhinocéros. L’objectif est d’établir une population fondatrice capable de contribuer, au cours des quinze prochaines années, à la constitution d’une nouvelle métapopulation à l’échelle nationale.

​« C’est un événement historique et une grande fierté pour les efforts de conservation du Zimbabwe », s’est réjoui le professeur Edison Gandiwa, directeur général de ZimParks. « Il témoigne de ce qui est possible lorsque le gouvernement, les organisations de conservation et les partenaires locaux travaillent de concert vers un objectif commun. » A-t-il conclu.

​Une logistique de haute précision

​Les pachydermes, provenant de la réserve de rhinocéros et de faune sauvage d’Imire, du parc national de Matobo ainsi que d’un autre site gardé secret, ont été installés dans des caisses spécialement conçues, puis transportés par avion jusqu’au parc situé sur les rives du lac Kariba.

​Pour Reilly Travers, directrice de l’Imire Rhino and Wildlife Conservancy, la symbolique est forte. Ces animaux translocatés sont les descendants directs de ceux qui avaient été évacués de Matusadona il y a plus de trente ans.

​« C’est un moment de fierté, d’espoir et de conviction quant à la force d’un partenariat à long terme et d’une vision partagée. Aujourd’hui, nous célébrons non seulement les rhinocéros, mais aussi l’extraordinaire dévouement dont ont fait preuve, au cours des 25 dernières années, les gardes forestiers, les défenseurs de l’environnement, les partenaires et les communautés locales. » A-t-elle indiquée.

​Le symbole d’une renaissance

​Cette opération a été menée conjointement par le parc national de Matusadona, ZimParks et African Parks. Pour Peter Fearnhead, directeur général d’African Parks, ce projet boucle la boucle d’une histoire institutionnelle et personnelle.

​« J’étais à Matusadona au début des années 1990 et j’ai été témoin de la disparition du rhinocéros noir. J’ai également participé aux efforts déployés pour tenter de le sauver. Les difficultés de gestion et de financement auxquelles le parc était confronté à l’époque ont d’ailleurs été un élément déterminant dans la création d’African Parks. C’est donc avec une grande satisfaction que je contribue aujourd’hui à la renaissance de Matusadona. »

​Prochaine étape : La liberté sous haute surveillance

​Après une période d’observation et d’adaptation étroite dans des enclos spécialement aménagés (boma), les rhinocéros seront relâchés par étapes dans une zone de protection intensive et hautement sécurisée de 175 kilomètres carrés au sein du parc.

​Afin de garantir leur sécurité et leur bien-être, chaque individu est équipé d’un dispositif de suivi technologique. Cela permettra aux équipes de secours et de surveillance d’obtenir des données en temps réel et d’intervenir rapidement en cas de stress ou de conflit territorial après leur remise en liberté.

Sarah MANGAZA