En marge de la clôture de la 2ᵉ édition de la Semaine Nationale du Climat, le Gouvernement de la République Démocratique du Congo, l’Initiative pour les Forêts de l’Afrique Centrale (CAFI) et le World Wide Fund for Nature (WWF) ont scellé une nouvelle alliance autour des Paiements pour les services environnementaux (PSE). La signature du document de projet (PRODOC) du Programme d’Appui aux Bassins d’Approvisionnement de Kinshasa (PROBAK) marque le passage officiel à la phase d’investissement à grande échelle de ce mécanisme innovent.
Doté d’une enveloppe globale de 30 millions de dollars américains, le programme PROBAK franchit une étape charnière. Après une première tranche de 15 millions de dollars engagée en mars dernier avec le CFC/FERMI dans le Kwango et à Nioki, ce second volet de 15 millions USD confie au WWF-RDC l’exécution des opérations dans les provinces de l’Équateur et du Maï-Ndombe.
L’objectif central de cette initiative est d’alléger la pression anthropique exercée sur les forêts naturelles qui alimentent la capitale congolaise en denrées alimentaires et en bois-énergie, tout en créant des opportunités économiques durables pour les ménages ruraux.
L’intervention couvrira plus de 150 000 hectares et bénéficiera directement à près de 183 000 personnes. Les actions de terrain incluent le développement de l’agroforesterie, la mise en défense des savanes pour la régénération naturelle, le reboisement dédié au bois-énergie, ainsi que la gestion durable de 27 Forêts de Communautés Locales (CFCL).
Interrogé lors de la cérémonie de signature, Jules Katubadi, expert auprès du Fonds CAFI, a souligné la mutation stratégique du partenariat entre CAFI et la RDC. « Dans cette nouvelle phase du partenariat entre CAFI et la RDC, nous voulons focaliser nos interventions autour des investissements basés sur la performance et la démonstration des résultats. L’intérêt de CAFI est de continuer à soutenir la RDC dans la préservation de ses forêts et la lutte contre la pauvreté en créant des alternatives pour les communautés locales qui fournissent ces services environnementaux », a-t-il précisé.
Suivi géoréférencé et paiement Mobile Money

La grande innovation de ce projet repose sur la rémunération directe des efforts environnementaux consentis par les populations. Les incitations financières seront attribuées sur la base de résultats vérifiés de manière indépendante (norme ISO) et enregistrés via un outil de gestion PSE géoréférencé.
Laurent Nsenga, Gestionnaire de projets au WWF-RDC, explique le modèle d’intervention opérationnelle prévu pour la période 2027–2031.
« La pression et les besoins de desservir Kinshasa en denrées alimentaires sont énormes. Nous voulons accompagner les populations avec des pratiques durables de manière, d’un côté, à fournir des denrées alimentaires et, de l’autre côté, à les rémunérer pour leurs efforts. Une fois les vérifications faites, les paiements s’effectuent directement avec le système Mobile Money. C’est l’une des innovations que CAFI a souhaité implémenter avec le Gouvernement. »
Les interventions sur le terrain seront déployées en partenariat direct avec des ONG locales sélectionnées dans les territoires cibles : Lukolela, Bikoro et Ingende (Équateur), ainsi que Kutu, Kwamouth, Yumbi, Mushie et Bolobo (Maï-Ndombe).
La RDC, pionnière des PSE dans le bassin du Congo
Ce projet constitue l’un des maillons clés d’un portefeuille national PSE en pleine expansion. À ce jour, 12 provinces de la RDC sont engagées dans ce processus. Cette dynamique est renforcée par un programme régional de 115 millions USD (RDC-Congo-RCA), un fonds de 21 millions USD dédié à l’autonomisation des ONG nationales et un projet de décret ministériel visant à ancrer les PSE dans le futur Code Forestier congolais.
À travers ce modèle, la RDC confirme son statut de pays solution en démontrant que la conservation des forêts du Bassin du Congo passe impérativement par la valorisation économique du capital naturel et le bien-être des communautés locales et des peuples autochtones.
APN