Bassin du Congo : Ce que pense Rosalie Matondo de 10 prochaines années de CAFI

À l’occasion du lancement des consultations pour la nouvelle période du partenariat entre l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI) et les pays signataires, nous avons rencontré à Brazzaville, le 27 mai 2026, Madame Rosalie Matondo, ministre de l’Économie forestière de la République du Congo, pour faire le point sur les enjeux de ces discussions et les priorités futures.

Alfredo P. : Madame la Ministre, vous venez de lancer les consultations sur les dix prochaines années du partenariat CAFI et les pays signataires de la lettre d’intention. Quels sont les enjeux derrière ces discussions ?

La Ministre : Nous, les pays du bassin du Congo, avons chacun signé une lettre d’intention avec CAFI. Nous venons de clôturer la première phase des financements apportés par cette initiative et nous sommes très heureux des résultats obtenus. Ceux-ci ont impacté notre travail en tant que gestionnaires des écosystèmes forestiers, mais ont aussi renforcé la volonté des pays donateurs de soutenir les communautés locales et les populations autochtones.

Aujourd’hui, l’enjeu est de faire le point sur ce partenariat des dix années passées et d’entamer les consultations pour définir les priorités nationales pour la période 2026-2035. Nous nous réjouissons que nos partenaires de CAFI comprennent désormais la nécessité d’un dialogue politique. Cela permet de veiller à ce que les priorités soient directement définies par les ministres en charge de la gestion des forêts, du climat et du développement économique national.

Alfredo P. : Si l’on prend le cas de votre pays, la République du Congo, quelles sont les priorités pour les dix prochaines années que vous aimeriez voir inscrites dans cette stratégie ?

La Ministre : Pour cette stratégie, notre première attente est une réforme de la gouvernance politique de notre initiative commune. Nous souhaitons être pleinement intégrés autour de la table, notamment au sein du Conseil d’administration de CAFI, aux côtés de nos collègues des pays donateurs qui financent les actions de gestion durable des forêts. Nous constatons avec satisfaction une convergence de vues sur ce point entre les pays donateurs et les nôtres.

Deuxièmement, nous plaidons pour la mise en avant des structures publiques à travers des financements directs. Ces derniers doivent reposer sur la responsabilité, la confiance, et sur notre volonté de mettre en place des paiements basés sur les résultats. À ce titre, le développement des Paiements pour Services Environnementaux (PSE) constitue un axe fort pour notre futur partenariat, afin de passer de la période des projets pilotes à un déploiement concret dans nos pays.

Au niveau national, la République du Congo mène une réforme légale, notamment sur le partage de production des grumes, accompagnée par la création d’une société nationale chargée de gérer la part de l’État. Pour soutenir cette dynamique, nous avons un besoin crucial de compétences : des classeurs de bois pour déterminer les volumes dans les parcs, ainsi que des experts pour caractériser les nouvelles essences forestières. Nous sollicitons donc des partenariats stratégiques pour octroyer des bourses aux jeunes afin qu’ils étudient l’économie forestière, la caractérisation et le classement des bois.

Enfin, nous avons abordé la Décennie des Nations Unies pour l’afforestation et le reboisement. C’est une priorité mondiale votée par l’ONU, initialement portée par le Congo, mais qui concerne désormais chaque pays d’Afrique centrale, conformément à la stratégie adoptée à Brazzaville lors de la conférence internationale sur ce thème. Avec le lancement opérationnel de cette décennie prévu pour 2027, nous voulons que CAFI accompagne les programmes nationaux. Pour le Congo, nous avons spécifiquement retenu un programme dédié aux jeunes dans le cadre de cette initiative.

Alfredo Prince NTUMBA