Aménagement du territoire, le couloir vert Kivu-Kinshasa au cœur des échanges entre l’ICCN et la société civile

Concilier le développement du territoire, la conservation de la biodiversité et le respect des droits des communautés locales, c’est tout l’enjeu de l’atelier stratégique ouvert ce jeudi 24 septembre à Kinshasa. Initié par le Centre d’Appui à la Gestion Durable des Forêts Tropicales (CAGDFT), en synergie avec l’organisation GEOFIRST DEVELOPMENT, cet espace de partage vise à harmoniser le processus de finalisation du Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) et l’opérationnalisation du Couloir vert Kivu-Kinshasa.

L’objectif central de ces assises est de briser les approches cloisonnées afin d’éviter les chevauchements de titres et les conflits d’usage sur un même espace géographique. Le Professeur Carmel Kifukieto, Directeur Exécutif du CAGDFT, a souligné l’urgence de cette démarche intégrée lors de son allocution d’ouverture :

« Le SNAT et le Couloir vert Kivu-Kinshasa doivent progresser de concert. Nous accordons une importance particulière aux discussions de cet atelier. Nous espérons qu’elles permettront non seulement de mieux comprendre les avancées et les défis respectifs du SNAT et du couloir vert Kivu-Kinshasa, mais également d’identifier des mécanismes concrets permettant de renforcer leur cohérence et de prévenir les éventuels conflits de superposition d’usages et de droits ».

Soutenu techniquement et financièrement par la Rainforest Foundation Norway (RFN), cet événement veut favoriser un dialogue constructif entre les parties prenantes pour garantir une meilleure gouvernance forestière et foncière en République Démocratique du Congo.

Au-delà des aspects purement techniques de la cartographie et de la conservation, le sort des populations riveraines reste au cœur des priorités. L’appui de la Rainforest Foundation Norway s’inscrit précisément dans cette dynamique : sécuriser et intégrer efficacement les droits fonciers et forestiers des communautés qui dépendent directement de ces écosystèmes pour leur survie.

« L’enjeu central qui nous réunit aujourd’hui dans cette salle est clair. Comment intégrer harmonieusement ces couloirs verts dans le SNAT, tout en sécurisant de manière absolue les droits fonciers, forestiers et coutumiers, évidemment, des communautés locales et des peuples autochtones pygmées. Comment prévenir les conflits de superposition de droits et assurer une coexistence pacifique entre la conservation, l’agriculture, les mines et les espaces communautaires », a renseigné Joël Ilunga, représentant la directrice pays RFN.

La directrice scientifique de l’ICCN, Dr. Chantal Ndukura Shalukoma, a affirmé que le projet de couloir vert possède un fort potentiel de transformation socio-économique, écologique et sécuritaire pour la République Démocratique du Congo. Elle a estimé que « le SNAT peut garantir la cohérence à travers une prise en compte rigoureuse des limites des aires protégées telles que définies par les textes de création et les potentiels espaces concernés ».

Le Directeur Exécutif du CAGDFT a également insisté sur la nécessité de cartographier et de gérer le territoire national comme un tout interconnecté, où chaque acteur a sa place sans empiéter sur celle des autres.

« Les forêts communautaires, les espaces coutumiers, les aires de conservation, les concessions forestières, minières ou agricoles ne doivent pas être perçues comme des réalités isolées les unes des autres. Elles font partie d’un même territoire et nécessitent une vision d’ensemble capable de favoriser les complémentarités plutôt que les contradictions », a martelé le Professeur Carmel Kifukieto.

L’atelier devrait ainsi contribuer à renforcer la cohérence entre planification territoriale et conservation, tout en améliorant la prise en compte des droits des communautés locales et des peuples autochtones pygmées dans la mise en œuvre des orientations nationales. Pendant la durée des travaux, experts gouvernementaux, environnementalistes et représentants de la société civile s’attèleront à formuler des recommandations claires pour que les outils de planification de demain soient synonymes de paix sociale et de gestion durable.

Albert MUANDA