L’année 2025 restera marquée comme un point d’inflexion majeur pour la sécurité alimentaire mondiale, et plus particulièrement sur le continent africain. Selon les dernières données publiées par la FAO et les agences partenaires des Nations Unies dans le rapport « l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2026 », le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire a diminué en Afrique pour la première fois en près de dix ans. Malgré cela, la situation de guerre à l’est du pays fait que la RDC reste toujours l’un des pays les plus frappés par ce fléau.
La proportion de la population continentale souffrant de la faim est passée de 20,3 % en 2024 à 20,0 % en 2025. Parallèlement, l’insécurité alimentaire modérée ou grave a reculé de 58,5 % à 56,6 %, libérant ainsi 8,6 millions de personnes de l’étau des privations sévères. À l’échelle mondiale, la faim touche désormais 7,8 % de la population (645 millions d’individus), confirmant un mouvement d’amélioration constante depuis le pic post-pandémique de 2022.
« Ce changement, certes modeste, pourrait constituer un véritable tournant. Après une décennie marquée par une détérioration, l’Afrique a montré que l’architecture qui sous-tend la sécurité alimentaire pouvait fonctionner », a indiqué Máximo Torero, économiste en chef de la FAO
Cette embellie continentale ne doit rien au hasard météo ni à des facteurs conjoncturels éphémères. Elle s’explique par deux décennies d’investissements publics soutenus dans plusieurs pays pionniers. Développement de la recherche agricole, renforcement des services de vulgarisation et des réseaux vétérinaires, désenclavement des zones rurales et mise en place d’outils statistiques nationaux de précision.
Plusieurs trajectoires nationales illustrent ces progrès durables. C’est ca du Sénégal qui est chuté de la sous-alimentation de 15,8 % à 5,3 % en vingt ans, le Togo : recul spectaculaire de 24,6 % à 10,2 %, le Ghana : baisse de 11,1 % à 6,4 %, la Côte d’Ivoire : amélioration nette de 17,6 % à 11,4 %, et les Rwanda & Mozambique : baisses respectives de 31,8 % à 22,6 % et de 29,2 % à 22,3 %.
Malgré ces motifs d’espoir, la situation globale reste extrêmement préoccupante. L’Afrique est désormais la région hébergeant le plus grand nombre absolu de personnes souffrant de la faim au monde (309 millions en 2025, devant l’Asie avec 292 millions). Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent abritera 56 % de la population mondiale sous-alimentée à l’horizon 2030.
Faire reculer la faim ne suffit plus, le véritable défi de la présente décennie réside dans l’accès économique à une alimentation nutritive. Si le prix des féculents de base a eu tendance à baisser, celui des aliments denses en nutriments (lait, œufs, poisson, viande, fruits, légumes, légumineuses) reste obstinément élevé.
En 2025, le coût moyen d’un panier alimentaire sain s’élève à 4,28 $ en parité de pouvoir d’achat (PPA) par personne et par jour dans le monde. En Afrique, ce coût atteint 4,35 $ PPA. Conséquence dramatique : 66,6 % des Africains (deux sur trois) n’ont pas les moyens financiers de s’alimenter sainement, une proportion en hausse constante par rapport aux autres régions du globe.
Alfredo Prince NTUMBA