Dans la partie nord de la République démocratique du Congo, les agents de l’Etat travaillent comme des ouvriers attitrés de l’entreprise chinoise Congo King Baisheng Forestery Development (ex Maniema Union 2), qui exploite du bois dans les territoires de Ingende et Bolomba, dans la province de l’Equateur. Si officiellement aucun contrat n’engage les deux parties, néanmoins des correspondances que nous avons pu consulter prouvent bien cette triste réalité qui met en cause l’autorité de Etat, et fait fuir les capitaux.
Sensés faire respecter les lois et règlements qui organisent le secteur de l’exploitation industrielle du bois d’œuvre, plusieurs agents de la province, pour ne citer qu’eux, se sont finalement retrouvés dans les poches des chinois, à un vil prix.
«Je travaille dans cette entreprise sans contrat. J’ai un salaire de misère. Quand les agents de l’Etat viennent ici, nous leur expliquons notre situation. Les chinois leur donnent de l’argent de corruption, et ils sont dans leurs poches. Notre situation est restée la même. Nous n’avons personne pour nous défendre », déclare désespérément, un travailleur de Maniema Union, trouvé dans les installations de l’entreprise situées à Lolo, secteur de Bolomba.
Dans ces installations, l’on se heurte bien facilement à une antenne de l’ANR (Agence nationale de renseignements). L’Agent serait affecté par sa hiérarchie au sein même de l’entreprise, nous confirme une autorité locale. Quoi de plus normal pour les observateurs de s’interroger sur le rôle exact d’une antenne de l’ANR au sein d’une entreprise privée.
L’agent est un homme à cheval. Il travaille dans les deux territoires (Bolomba et Ingende), dans un seul but, protéger les intérêts chinois contre les communautés locales qui réclament souvent le respect par l’entreprise, de ses engagements vis-à-vis d’elles.
A lui s’ajoute un conseiller du gouverneur de la province de l’Equateur, Bobo Boloko Bolumbu. Selon les informations recoupées, cet homme de main recruté pour la cause, serait bien celui qui représente au mieux les intérêts du gouverneur dans la société, et surtout rançonne les communautés locales, une fois qu’elles perçoivent leurs dus dans le cadre des clauses sociales.
Ce conseiller aurait même conditionné les différents paiements des clauses sociales aux communautés par sa présence. « Nous avons été prendre notre argent des clauses sociales chez les chinois, mais ils nous ont dit qu’ils ne peuvent pas nous payer sans la présence du conseiller du gouverneur », déplore sous l’anonymat, un membre du comité local de gestion.
Un système mieux organisé pour faire obstruction à l’Etat
Si l’entreprise est bien connue pour ses ramifications avec les autorités politico-militaires au niveau national et provincial, il n’en reste cependant pas moins de ses liens directs avec les entités territoriales décentralisées (ETD).
Le bras séculier de l’entreprise Maniema Union 2, sont les Chefs de secteurs et certains Administrateurs du territoire, dont celui de Bolomba. Thomas Boyenge, ATA (Administrateur du territoire adjoint en charge de l’Economie et Finances), et Freddy Bolefa, chef de secteur de Losanganya dans le même territoire qui auraient même perçu de l’entreprise un cadeau de deux motos et 67 tôles pour les services rendus. Des services non autrement identifiés.
Selon le rapport de la société civile, le chef de secteur de Bokatola, Bososa Nkoto Nkale serait impliqué dans les magouilles organisées pour détourner l’argent destiné au fonds de développement communautaire, payé par la société dans le cadre des clauses sociales. Une action qui lui a valu la suspension de ses fonctions et une action judiciaire contre lui, initiée par les membres de la communauté.
Tous ces agents de l’Etat qui travaillent pour leurs propres comptes et pour les comptes de leur hiérarchie respective, font parfois obstruction aux différentes missions de contrôles menées sur le terrain par les inspecteurs forestiers.
La situation de l’exploitation forestière de Maniema Union 2 dans la province de l’Equateur devrait interpeller les autorités nationales au regard des dégâts environnementaux qu’elle cause, et surtout les germes de conflit (communautés – entreprise), qui pourrait exploser si l’on ne s’y prend pas à temps.
Alfred NTUMBA
