Malgré une adhésion massive aux grands traités internationaux et un arsenal normatif de plus en plus dense, le constat dressé par l’édition 2025 du rapport sur l’état des forêts du bassin du Congo est sans appel, l’abondance normative ne garantit pas, à elle seule, la préservation de l’environnement.
Deuxième poumon vert de la planète avec environ 200 millions d’hectares de forêts tropicales humides, le bassin du Congo occupe une place stratégique dans la régulation du climat mondial et la préservation de la biodiversité.
Un fossé critique entre la science et la décision politique
Le rapport met en lumière l’urgence d’aligner les choix d’aménagement du territoire, d’extraction des ressources et de développement économique sur les données scientifiques factuelles. Face aux pressions croissantes telles que, l’expansion agricole, les projets miniers et l’urbanisation, la coordination intersectorielle s’impose comme un impératif stratégique pour éviter une dégradation irréversible.
« Protéger le Bassin du Congo ne peut plus se limiter à des engagements déclaratifs. Les gouvernements et la communauté internationale doivent s’appuyer sur des données probantes pour équilibrer la conservation de la biodiversité et le développement socio-économique des populations locales », soulignent les auteurs du rapport.
Par ailleurs, le document dresse un bilan rigoureux de la mise en œuvre des grands accords internationaux (CCNUCC, CDB, CNULD) et identifie plusieurs défis majeurs dont l’insuffisance de la finance climat, une faible gouvernance et traçabilité, une faible valorisation des services écosystémiques.
Un engagement diplomatique et normatif indéniable
Depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, les États d’Afrique centrale ont affirmé leur solidarité avec la communauté internationale. La quasi-totalité des pays de la sous-région a signé et ratifié les trois conventions fondamentales des Nations Unies : la CCNUCC (climat), la CDB (diversité biologique) et la CNULCD (lutte contre la désertification), auxquelles s’ajoutent l’Accord de Paris, la CITES ainsi que l’Accord international sur les bois tropicaux (AIBT).
À l’échelle sous-régionale, cette volonté s’est traduite par la création de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC) à travers le Traité de 2005 et la mise en œuvre de son Plan de convergence. Des avancées concrètes ont été enregistrées dont les plus remarqués reposent notamment sur le dénombrement de 262 aires protégées couvrant environ 1,42 million de km² (contre 202 vers 2020).
La majorité des États a élaboré des Stratégies et Plans d’Action Nationaux pour la Biodiversité (SPANB) ainsi que des Plans d’Action Nationaux (PAN) de lutte contre la dégradation des terres. Par ailleus, la région compte 16 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO (principalement naturels).
Malgré ce foisonnement de textes et d’institutions, le rapport met en lumière un écart préoccupant entre l’effectivité (l’application formelle des obligations) et l’efficacité (l’atteinte réelle des objectifs environnementaux et sociaux).
Pour passer d’une « frénésie normative » à des impacts tangibles sur le terrain, l’Édition 2025 de l’État des Forêts préconise plusieurs leviers stratégiques dont l’harmonisation et modernisation des textes en passant par actualiser le Traité de la COMIFAC (vieux de 20 ans) et aligner les législations nationales sur les engagements internationaux.
Les Etats doivent structurer des marchés carbone et biodiversité hybrides, crédibles et inclusifs, adossés à des obligations vertes et à une gouvernance transparente assurant des retombées directes pour les communautés locales. Intégrer pleinement les savoirs traditionnels, les droits coutumiers, ainsi que les femmes et les jeunes dans les processus de décision et assurer la mobilisation des ressources nationales et sous-régionales pour pérennisations des mécanismes de contrôle, de recherche scientifique et d’application des lois.
Notons que ce rapport a été coordonné par le CIFOR-ICRAF et la COMIFAC avec le financement de l’Union européenne.
Alfredo Prince NTUMBA