COP17 sur la désertification, Oulan-Bator appelle à passer d’urgence des promesses aux actes

Ce lundi 17 août 2026, la capitale mongole s’est transformée en épicentre de la diplomatie environnementale. Des délégués venus de 196 pays et de l’Union européenne se sont rassemblés à Oulan-Bator pour l’ouverture de la dix-septième session de la Conférence des Parties (COP17) à la Convention des Nations Unies contre la désertification (CNUDC).

Première d’un triptyque de sommets de la Convention de Rio prévus cette année avant les rendez-vous consacrés à la biodiversité et au climat, la COP17 vise à accélérer l’action mondiale face à l’urgence environnementale.

Un coût économique et humain vertigineux

Les chiffres rappelés dès l’ouverture du sommet témoignent de la gravité de la situation:

  • Dégradation des terres : elle touche désormais 40 % des surfaces émergées de la planète et affecte directement 3,2 milliards d’individus.
  • Sécheresses récurrentes : leur fréquence a augmenté de près d’un tiers depuis 2000.
  • Impact économique : la dégradation des sols engendre des pertes annuelles de 900 milliards de dollars, auxquelles s’ajoutent au moins 300 milliards de dollars liés spécifiquement aux sécheresses.

Ces phénomènes ne relèvent plus de menaces lointaines. Comme l’a souligné Yasmine Fouad, secrétaire exécutive de la CNUDC, ils compromettent directement la sécurité alimentaire, l’approvisionnement en eau, la stabilité économique et la cohésion des sociétés. « Restauration des terres et résilience ne sont pas de simples obligations morales ou écologiques, mais des investissements essentiels pour l’avenir », a-t-elle affirmé, rappelant que le monde possède déjà les solutions techniques pour agir.

Le cri du cœur de la Mongolie, pays hôte

Pour la Mongolie, l’accueil de cette conférence revêt une dimension vitale. Près de 77 % du territoire mongol est aujourd’hui dégradé, alors que le pastoralisme fait vivre un habitant sur trois. Le pays subit de plein fouet l’amplification des risques climatiques : entre 2023 et 2024, des sécheresses estivales d’une extrême sévérité suivies d’hivers dévastateurs (le dzud) ont provoqué la perte de plus de sept millions de têtes de bétail, fragilisant des communautés rurales entières.

Le ministre des Affaires étrangères de Mongolie et président de la COP17, Battsetseg Batmunkh, a rappelé ce lien charnel : « La terre est indissociable de notre peuple et de nos moyens de subsistance. La santé de nos sols conditionne directement la vie de nos citoyens. »

Face à ces épreuves, le Premier ministre mongol, Uchral, a fixé le cap des négociations : transformer la rhétorique internationale en victoires concrètes. « Abordons la terre, le climat et la biodiversité non comme des enjeux isolés, mais comme un défi unique et interconnecté », a-t-il exhorté, appelant à multiplier les financements et à convertir la recherche scientifique en solutions de terrain.

Deux semaines pour sceller des alliances stratégiques

De son côté, le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Sandag-Ochir Tsend, à la tête du Comité d’organisation, a confirmé que la Mongolie est entièrement prête à orchestrer des débats inclusifs et constructifs pour bâtir un consensus mondial.

Durant les deux prochaines semaines, gouvernements, institutions financières, entreprises, chercheurs et membres de la société civile mèneront des travaux intenses. Les négociations officielles porteront notamment sur :

  • La gestion proactive de la sécheresse et la préservation des pâturages ;
  • La protection des sols agricoles et la régénération des écosystèmes ;
  • La mobilisation des ressources financières et l’implication accrue du secteur privé ;
  • L’alignement stratégique des trois conventions issues du Sommet de Rio (Climat, Biodiversité, Désertification).

L’enjeu de cette COP17 à Oulan-Bator est clair : réussir à dépasser le cadre habituel des déclarations d’intention pour débloquer des investissements massifs et instaurer des partenariats durables, capables de stopper net l’avancée du désert.

Sarah MANGAZA