Alors que la saison sèche offre une fenêtre de tir idéale pour les travaux de réhabilitation, l’avenue principale du quartier Limete Funa reste plongée dans un délabrement critique. Entre nids-de-poule transformés en marécages et résignation des usagers, l’ironie est totale : le sinistre se déroule au pied même des bureaux de l’Office des Voiries et Drainage (OVD) et de l’Office des Routes (OR).
C’est un paradoxe dont la capitale a le secret, mais qui ne fait plus rire personne. Au quartier Limete Funa, emprunter la chaussée est devenu un véritable parcours du combattant. Depuis plusieurs mois, cette artère stratégique s’enfonce dans une dégradation continue, sous le regard impuissant et désormais en colère des riverains, des travailleurs et des usagers de la route.
Un marécage urbain au quotidien
Le décor est alarmant. Des nids-de-poule béants défigurent l’asphalte, transformés en réservoirs d’eaux usées provenant des ménages environnants et des commerces riverains. L’eau y stagne longuement, dégageant des odeurs nauséabondes et rendant la voie quasi impraticable pour les automobilistes, les motocyclistes et les piétons.
Conséquence directe : les taxis-voitures, frileux à l’idée d’y laisser un amortisseur ou un carter de moteur, se font de plus en plus rares. La moto-taxi est devenue le seul moyen de transport résiduel, bien qu’elle ne protège en rien des éclaboussures d’eaux souillées.

« Mon bureau se situe non loin du rond-point Triangle. Y accéder est un vrai challenge depuis un bon moment. Il m’est maintenant impossible d’arriver à mon lieu de travail propre à cause de l’état de la route. Les taxis-voitures sont rares ici, nous utilisons plus les motos. Mais y aller à moto n’épargne pas du tout mes pieds et mes vêtements. » S’est indigné un usager de la route, dépité par la situation.
Le timing parfait de la saison sèche… bientôt perdu ?
Ce qui amplifie l’incompréhension générale, c’est le facteur météorologique. La ville traverse actuellement la saison sèche, une période d’accalmie climatique qui représente le moment idéal pour déblayer, terrasser, couler le béton ou poser du bitume sans risquer d’être stoppé par les intempéries.
Pourtant, aucun engin de chantier n’est à l’horizon. Les usagers le savent bien : au retour des pluies torrentielles à Kinshasa, la situation, déjà catastrophique, deviendra incontrôlable. L’eau accumulée finira de ronger ce qu’il reste du revêtement, menaçant de couper totalement l’accès au quartier.
Le cordonnier le plus mal chaussé ?
Mais le comble de cette crise infrastructurelle réside dans la géographie des lieux. Sur cette même avenue défoncée se dressent les bureaux de l’OVD et de l’Office des Routes.
Voir les institutions nationales chargées précisément de la construction, de la modernisation et de la maintenance du réseau routier fonctionner au milieu des fondrières relève de l’absurde pour les habitants. Une question brûle désormais toutes les lèvres à Limete Funa : jusqu’à quand les décideurs détourneront-ils le regard face à un sinistre qui se déroule littéralement sous leurs fenêtres ?
L’appel à une intervention d’urgence est lancé avant que les premières gouttes de pluie ne viennent sceller le sort du quartier.
Sarah MANGAZA