Mines : Exportation d’uranium vers la Chine, l’USMCC dément les accusations

L’union des sociétés minières aux capitaux chinois en République démocratique du Congo (USMCC) a, dans une déclaration commune, apporté des clarifications concernant la teneur en uranium attribuée aux produits de cobalt dont sont accusées certaines entreprises minières chinoises opérant dans le sud-est de la RDC. Cette prise de position intervient comme une réponse à une étude rendue publique par les chercheurs Ryan A. Manzuk de Princeton University et Sébastien Philippe de l’Université du Wisconsin–Madison.

Selon les travaux des deux chercheurs, de grandes quantités d’uranium extraites et concentrées en RDC seraient probablement exportées à l’insu des régulateurs internationaux, notamment sous forme de produits à base de cobalt. Les auteurs évoquent également des failles dans les mécanismes de contrôle international, indiquant que moins de 10 % de l’uranium estimé aurait été déclaré et placé sous garanties applicables aux matières nucléaires.

Dans son communiqué rendu public le mercredi 05 août, l’USMCC a affirmé vouloir rétablir la vérité et répondre aux préoccupations du public ainsi qu’à celles de ses partenaires, à travers une vérification menée à son niveau.

 « Pour rétablir la vérité, aucun produit de cobalt extrait, transformé et exporté par les entreprises minières chinoises en activité dans le sud-est de la RDC ne présente de teneur excessive en uranium. Toutes les entreprises minières chinoises en activité dans le sud-est de la RDC respectent scrupuleusement la réglementation minière congolaise ainsi que les normes d’analyse communément reconnues dans le commerce international. L’ensemble de leurs produits de cobalt extraits, transformés et exportés présente une teneur en uranium conforme aux normes en vigueur », a déclaré l’USMCC.

Une étude évoquant une “exportation massive dissimulée” entre 2000 et 2024

L’étude de Manzuk et Philippe soutient, depuis le 30 juillet, l’existence d’une exportation massive d’uranium dissimulée dans des exportations de cobalt vers la Chine. D’après leurs estimations, une cargaison représentant entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel aurait été exportée sur la période 2000 à 2024, principalement comme contaminant dans les cargaisons d’hydroxyde de cobalt brut.

Les chercheurs estiment aussi que, dans un contexte de marché largement centralisé, environ 65 % des cargaisons concernées auraient été dirigées vers des entreprises chinoises, lesquelles dominent le raffinage du cobalt à l’échelle mondiale.

Pour les géants miniers chinois, ces allégations seraient, selon eux, de nature à tromper les marchés  et à perturber le bon déroulement des activités industrielles et commerciales. Ils dénoncent une atteinte à la réputation des entreprises opérant en RDC et à la crédibilité des produits de cobalt sur le marché international.

“Aucune extraction ni exploitation économiquement ou techniquement justifiée” selon l’USMCC

L’USMCC affirme par ailleurs que toute activité liée à l’exploration, l’exploitation, la transformation, le transport et le commerce de ressources uranifères doit être soumise à la supervision des autorités compétentes congolaises et respecter les lois et réglementations de la RDC.

« Nous continuerons à fournir au marché mondial des produits cobaltifères de haute qualité, normalisés et conformes aux réglementations, et à préserver l’ordre et la bonne réputation de la coopération minière sino-congolaise. Nous invitons nos clients, partenaires, correspondants commerciaux et organismes professionnels à ne pas croire ni diffuser de fausses rumeurs », a soutenu l’USMCC.

L’union reconnaît néanmoins l’existence d’une concentration d’uranium jugée faible, tout en rejetant l’idée d’une exploitation industrielle rentable. Selon ses responsables, les produits d’hydroxyde de cobalt fabriqués dans des conditions normales ne contiendraient que des *traces naturelles extrêmement faibles.

« Il n’existe donc aucune condition économique ni technique pour récupérer, extraire ou exploiter cet uranium, et la nature du produit en tant que produit cobaltifère n’est pas altérée pour autant », a indiqué l’USMCC.

Des risques sanitaires et environnementaux évoqués par les chercheurs

Au-delà des enjeux de sécurité internationale, les auteurs de l’étude estiment que l’affaire soulève aussi une crise sanitaire et environnementale immédiate. Ils estiment qu’entre 1 000 et 4 000 tonnes d’uranium* supplémentaires se seraient accumulées dans des résidus instables à travers la ceinture du cuivre, zone partagée entre la RDC et la Zambie. Ces déchets toxiques, selon le rapport, seraient susceptibles de contaminer les sols et les eaux de surface.

Les chercheurs soulignent également que la chaîne d’approvisionnement du cobalt et de l’uranium, de l’extraction jusqu’à l’exportation, avancerait “main dans la main”, ce qui amplifierait les risques et mettrait en évidence une lacune critique de comptabilité nucléaire et de supervision environnementale.

Une absence de communication officielle au gouvernement congolais

À ce stade, aucune communication officielle n’aurait été faite par le gouvernement congolais sur cette question, selon les informations disponibles dans l’espace public.

Face aux controverses, l’USMCC dit vouloir poursuivre la diffusion des normes de production du secteur et mener des contrôles par échantillonnage réguliers sur la qualité des produits. L’organisation annonce aussi son intention de publier les résultats des contrôles qualité de façon «transparente», d’inciter ses membres à respecter strictement les critères de qualité et de poursuivre leurs activités dans la légalité et l’honnêteté.

Signalons que la suite de ce dossier dépend désormais des réponses des autorités compétentes et d’éventuelles investigations indépendantes permettant de confirmer ou d’infirmer les conclusions scientifiques évoquées dans l’étude.

Albert MUANDA