L’ONG ACEDH sonne l’alarme face à la détention arbitraire de sept leaders communautaires et défenseurs de l’environnement à la prison centrale de Lisala, sur fond de collusion politique et d’instrumentalisation de l’appareil judiciaire. Dans un communiqué du 19 juillet 2026, l’organisation qualifie l’affaire de « procès bâillon » (ou SLAPP), visant manifestement à réduire au silence les communautés locales s’opposant aux activités industrielles de la région.
A en croire ce communiqué, l’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits de l’Homme vient de saisir officiellement le Procureur Général près la Cour d’Appel de la Mongala pour dénoncer une grave dérive liberticide sous le dossier référencé RMP3966/PR.06/1/ NIL.
Une vague d’arrestations sous des motifs fallacieux
Actuellement, sept leaders d’opinion et défenseurs des droits humains et environnementaux croupissent à la prison centrale de Lisala sous mandat d’arrêt provisoire. Il s’agit de Camille Ndoko (Leader et chef de groupement Likasi), Bafanzo Basele (Président de la société civile locale), Leon Linkizi Bombele, Asuka Lifilo, Moponde Lifilo, Eluo Eluo et Albert Eluo
Pour neutraliser ces activistes, l’appareil judiciaire local a formulé un chapelet de chefs d’accusation d’une gravité démesurée et manifestement disproportionnée : rébellion, destruction méchante, détournement de deniers publics, abstention coupable, trafic d’influence et escroquerie.
L’ACEDH dénonce des accusations montées de toutes pièces pour servir de bras séculier aux intérêts privés. Cette répression fait suite aux arrestations et intimidations antérieures du leader autochtone Franck Eluo Kombe et du responsable de l’ONG AJBS, Roger Nzumbo.
Booming Green au cœur des accusations
Au centre de cette crise se trouve la société d’exploitation forestière Booming Green. Si l’importance économique de cette multinationale pour la province est reconnue, l’ACEDH rappelle avec force que « cela ne lui confère pas le droit de décider sur les vies et libertés des citoyens ou de se comporter comme s’il était au-dessus de la Loi et des normes de sauvegarde environnementales et sociales ».
L’enquête de l’organisation met également en lumière une collusion étroite avec le pouvoir provincial. Le Ministre Provincial en charge de l’Intérieur et de la Sécurité de la Mongala est directement pointé du doigt pour avoir orchestré le transfert forcé et sans motif valable de ces citoyens vers Lisala, agissant en véritable commanditaire de la répression.
En revendiquant pacifiquement le respect des cahiers des charges et accords contractuels liés à l’exploitation forestière de leurs terres, ces défenseurs n’ont fait qu’exercer leurs droits fondamentaux.
« Cette détention viole de manière flagrante plusieurs articles de la Constitution de la RDC, notamment, le droit à la pétition (Article 27), le droit à un environnement sain (Article 53), et la liberté d’expression et d’association (Articles 23 et 25) », renseigne le communiqué de l’organisation.
L’organisation précise en outre, elle constitue un outrage à la Loi n° 23/027 du 15 juin 2023 relative à la protection et à la responsabilité des défenseurs des droits de l’homme, qui oblige l’État congolais à protéger les militants contre toute arrestation et poursuite arbitraire liée à leurs activités légitimes.
L’ACEDH, tout en exigeant la libération immédiate et inconditionnelle des sept détenus, a lancé un appel d’urgence aux plus hautes autorités du pays, notamment au Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, au Ministre de la Justice, au Ministre des Droits Humains et à la CNDH pour qu’une enquête urgente soit menée à Lisala afin de stopper cette politique judiciaire aux dérives capitalistes et impérialistes.
Alfredo Prince NTUMBA