Forêt : Politique forestière nationale en RDC, entre vision d’avenir et défis juridiques

La Politique Forestière Nationale (PFN) est la vision stratégique, le cadre directeur et l’ensemble des orientations qu’un État se fixe pour gérer, protéger et valoriser ses ressources forestières. Véritable feuille de route à long terme, elle vise à concilier trois impératifs majeurs : l’exploitation économique du bois, la conservation de la biodiversité et le bien-être des populations qui dépendent de la forêt.

Les trois piliers fondamentaux de la PFN

Une politique forestière équilibre généralement trois dimensions clés :

La conservation et l’environnement : Lutter contre la déforestation, protéger la biodiversité, préserver les bassins versants (véritables châteaux d’eau naturels) et maintenir la capacité de séquestration du carbone pour atténuer les changements climatiques.

Le développement économique : Encadrer l’exploitation légale et durable du bois et des produits forestiers non ligneux (comme les plantes médicinales ou les fruits), tout en créant des emplois et en générant des revenus pour l’État et les communautés.

Le progrès social et culturel : Garantir et sécuriser les droits d’usage des communautés locales et des peuples autochtones qui vivent dans ou à la lisière des forêts.

Des outils concrets pour passer de la vision à la réalité

Pour ne pas rester un simple vœu pieux, la politique s’appuie sur des instruments indispensables :

Le zonage forestier : La délimitation de l’espace en différentes catégories (forêts de production, aires protégées/parcs nationaux, forêts communautaires).

La gouvernance et les institutions : Le renforcement des organes de contrôle (ministères, administrations forestières, éco-gardes) et des mécanismes financiers (taxes, fonds de reforestation, crédits carbone).

Le cadre légal : Elle inspire les lois et règlements futurs qui fixent ce qui est permis (permis d’exploitation, plans de gestion durables) et ce qui est interdit (coupes illégales, braconnage).

La distinction clé : Il ne faut pas confondre la politique et la loi. La politique fixe la vision et les grands objectifs à long terme d’un pays, tandis que la loi (comme le Code forestier) traduit cette vision en règles juridiques strictes, obligatoires et sanctionnées.

Un tournant décisif pour la RDC : L’adhésion de la société civile

Pour la société civile environnementale congolaise, l’adoption de cette PFN représente un tournant historique. Omer Kabasele, coordonnateur national de Green World Solidarity et président du conseil du Groupe de Travail Climat REDD Rénové (GTCRR), ne cache pas son enthousiasme :

« Ce nouveau cadre offre enfin les garanties nécessaires pour protéger nos écosystèmes forestiers, promouvoir le bien-être et les droits des communautés locales ainsi que des peuples autochtones pygmées, tout en assurant un développement durable au bénéfice des générations présentes et futures. L’implication active du GTCRR et des autres parties prenantes a permis d’aboutir à un instrument consensuel, crédible et porteur d’une vision ambitieuse pour l’avenir des forêts congolaises. »

Quel impact sur le plan pénal ?

Face à cette avancée, une question persiste : la PFN apporte-t-elle des améliorations pénales concrètes pour punir les crimes environnementaux ?

La réponse est subtile. En tant que document d’orientation, la PFN ne contient pas elle-même de sanctions. C’est ce qu’explique Me Félix Lilalako, responsable de l’ONG Juristes pour l’Environnement au Congo (JUREC) :

« Ce n’est pas la politique forestière qui va contenir des incriminations ou des peines en cas de violation, car elle se limite à définir la vision de l’État. En revanche, elle ouvre la voie à l’adoption d’un nouveau Code forestier amélioré, amendé et harmonisé. C’est cette loi, accompagnée de ses mesures d’application, qui contiendra des sanctions précises et fera réellement progresser le droit pénal de l’environnement en RDC. »

La PFN pose donc les fondations politiques indispensables ; il appartient désormais au législateur congolais de traduire cette ambition en lois contraignantes et dissuasives pour protéger le deuxième plus grand massif forestier tropical du monde.

Sarah MANGAZA