La revue annuelle du partenariat Congo-CAFI (Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale), a été un moment crucial de faire le point sur les recommandations des exercices précédents et examiner le niveau d’atteinte des jalons identifiés dans la lettre d’intention signée entre le Président français, Emmanuel Macron et son homologue congolais, Denis Sassou Nguesso.
Co-présidée par le Premier ministre congolais, le 28 mai 2026, cet événement charnière a réuni les membres du gouvernement, les ambassadeurs des pays contributeurs (France, Norvège, Allemagne, Royaume-Uni) ainsi que le système des Nations Unies, tous venus évaluer le chemin parcouru jusqu’à ce jour.
« Cette session constitue la troisième après celle de 2022 qui s’était tenue en octobre 2023 », a informé le premier ministre, Anatole Collinet Makosso.
L’heure était à l’évaluation objective. Le Premier ministre a rappelé que ce partenariat, initié pour la période 2019-2025 sous l’égide des présidents Denis Sassou Nguesso et Emmanuel Macron, visait à concilier développement économique, lutte contre la pauvreté et préservation durable des ressources naturelles.
Toutes les parties prenantes ont accordé leurs violons pour saluer des avancées significatives. Il ressort de cette évaluation que le leadership climatique de la république du Congo a été renforcé avec la soumission de la Contribution Déterminée au Niveau National (CDN 3.0), enrichie de données forestières actualisées. Ce qui démontre le rôle moteur du Congo dans le bassin.
« Il faut que l’on parte sur des nouveaux mécanismes de financement. Il faut créer une entité nationale qui devrait être accréditée auprès de CAFI et mobiliser certains financements auprès des privés. Il y a une volonté politique au niveau de notre pays et au niveau de bailleurs qui sont disposés à nous accompagner », renchéri Jean de Dieu Nzila, secrétaire permanant du Partenariat Congo-CAFI.
Le déploiement des mécanismes de Paiement pour Services Environnementaux (PSE) avance, avec un appel d’offres en cours pour la présélection de deux agences d’exécution. En même temps, le partenariat a permis de consolider un cadre institutionnel ancré au plus haut niveau de l’État.
Malgré ces motifs de satisfaction, la revue a mis en lumière un décalage persistant entre les ambitions techniques et leur traduction concrète sur le terrain. La représentante de la Norvège et celle du Royaume-Uni ont toutes deux pointé du doigt les retards d’exécution, les contraintes administratives et les faiblesses de coordination intersectorielle qui brident encore l’impact réel du partenariat pour les populations locales.
« L’évaluation indépendante et le processus d’examen annuel montrent clairement que les progrès par rapport aux étapes convenues sont inégaux, et que notre travail collectif continue de trébucher en raison de retards liés à l’exécution et aux processus administratifs. Permettez-moi de souligner que cela n’est pas du tout propre au Congo, et cela indique simplement que le défi qui se pose à nous tous est de concrétiser les engagements déjà pris », a déploré Rachel Kyle, représentante des bailleurs de Fonds du CAFI.
Cap sur l’après-2025, accélération et financements innovants
Alors que la première phase du partenariat touche à sa fin, les regards se tournent vers l’avenir, notamment vers la nouvelle stratégie de CAFI (2026-2035).
« Cette nouvelle phase devra être celle de l’accélération, de la mise en œuvre effective et de la production de résultats tangibles », a martelé Abdouramane Dialo, coordonnateur du Système des Nations Unies à Brazzaville.
La nouvelle feuille de route doit accentuer les efforts sur le cadastre et le renforcement des capacités nationales. Octroyer des responsabilités renforcées aux entités locales pour garantir une appropriation nationale de la gouvernance, en combinant l’approche des PSE avec une participation active du secteur privé pour pérenniser le financement.
Face à un contexte international de plus en plus incertain où les financements climatiques traditionnels s’essoufflent, la fenêtre CAFI s’affirme comme un levier catalytique indispensable pour le Plan National de Développement (PND) du Congo.
En effet, le CAFI a réitéré son engagement à accompagner le Congo en alignant son prochain cadre de coopération (2027-2031) sur la vision « Congo 2063 ». « La bonne nouvelle est que les fondations du partenariat de la CAFI sont bien en place. La question qui se pose simplement à nous aujourd’hui est de savoir comment nous nous appuyons sur elles pour transformer les engagements en réalisations, et les réalisations en un impact durable », a déclaré Rachel Kyle.
Disposant d’un des massifs forestiers les plus importants au monde, véritable poumon écologique mondial, la République du Congo a l’ambition, soutenue par ses partenaires internationaux, de faire de ses forêts des biens économiques profitables à l’humanité tout entière, sans sacrifier sa biodiversité.
Alfredo Prince NTUMBA