Ce jeudi 9 juillet 2026, s’est tenue à Kinshasa la toute première réunion du Comité de Pilotage (COPIL) de la Réserve de Faune de Lomako-Yokokala (RFL). Coprésidée par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) et la Fondation Zoo d’Anvers (AZF), cette rencontre stratégique avait pour double objectif d’évaluer l’état d’avancement de leur partenariat et de faire le point sur la conservation de ce site d’exception.
Dix-huit mois après la signature d’un accord de cogestion historique sur 15 ans, l’heure était au bilan. Les deux partenaires se sont félicités de l’esprit d’unité et de transparence qui guide leurs actions. Cet effort conjoint vise non seulement à préserver l’écosystème de la réserve, mais aussi à en faire un véritable moteur de développement socio-économique pour cette région de la République démocratique du Congo.
Lever les zones d’ombre pour une gouvernance inclusive
Si le parcours a connu quelques défis, la volonté politique et le dialogue ont prévalu. Le Professeur Valentin Omasombo, Directeur pays de l’AZF, s’est voulu rassurant : « Il y avait quelques zones d’ombre par rapport aux appuis à apporter à la réserve. Nous y avons répondu, et le Directeur Général de l’ICCN s’est engagé à lever toutes les incompréhensions. La réserve sera très bien gérée, comme d’habitude, entre l’ICCN et l’AZF. »
Ce premier COPIL pose les fondations d’une gouvernance solide et transparente. Ses missions ont été clairement définies : assurer le suivi rigoureux de la cogestion, valider le plan de gestion proposé par l’unité opérationnelle, faciliter la communication entre toutes les parties prenantes et prendre les décisions stratégiques qui s’imposent.
Jef Dupain, Directeur du développement pour l’AZF, a rappelé la philosophie de cet accord : « Nous avons observé les points forts et les points faibles. Nous sommes venus évaluer notre trajectoire, identifier les besoins financiers et, surtout, rester fidèles à l’esprit du contrat : avancer ensemble. »
Désenclaver Lomako : le défi des infrastructures et de l’écotourisme
Actuellement, accéder à Lomako relève du parcours du combattant : un périple éprouvant de 200 kilomètres à moto. Pour rompre cet isolement, les partenaires misent gros sur les infrastructures. Les travaux de la future piste d’atterrissage de Lomako, située à Lingunda, avancent à grands pas ; elle pourrait être opérationnelle d’ici deux mois, soit avant septembre.
Cet investissement de plus de 100 000 dollars présente un double impact majeur. D’une part, l’intégralité des fonds de construction a été injectée directement dans l’économie locale via l’emploi des communautés. D’autre part, elle constituera le levier principal de l’écotourisme. Le Chef de Site de Lomako-Yokokala, Fabius Monia, s’en est réjoui : « On ne peut que soutenir les démarches de l’AZF, car c’est dans notre intérêt direct. »
Sur le plan administratif et logistique, Milan Ngangay, Directeur Général de l’ICCN, a promis de prendre les devants : « Je m’engage personnellement pour l’octroi des autorisations de la piste. Il faut voir grand : dépasser les 1 000 mètres pour pouvoir accueillir de plus gros porteurs. » Il a également insisté sur la nécessité de sécuriser la disponibilité de flottes aériennes régulières pour éviter que les touristes ne se retrouvent bloqués.
Les bonobos au cœur du développement communautaire
Lomako-Yokokala est mondialement connue pour le site de Lyema, un sanctuaire unique pour le tourisme de vision et l’habituation des bonobos. « Le niveau d’habituation que nous avons ici n’existe nulle part ailleurs. Les pisteurs congolais connaissent chaque individu par son nom », a souligné Jef Dupain, rappelant la réactivité des équipes lors d’une récente épidémie cutanée dont les prélèvements ont été analysés à l’INRB.
Le projet intègre aussi le Centre scientifique de Ndele, niché en pleine forêt équatoriale. Ce pôle de recherche, qui étudie la biodiversité locale, emploie des jeunes de la région choisis par les communautés pour assurer la protection des bonobos. Associé au mécanisme du « Crédit Bonobo », ce centre s’impose comme une source de revenus durables pour les populations locales.
En conclusion, cette première réunion du COPIL ouvre une ère prometteuse pour Lomako-Yokokala. De l’avis de plusieurs participants, ce modèle de cogestion réussi devrait désormais servir d’exemple et inspirer la gestion d’autres réserves et sites protégés à travers la RDC.
Sarah MANGAZA