Du 23 au 24 juin 2026, la Coalition Foncière Nationale (CFN) a tenu à Kinshasa un atelier interprovincial crucial. Organisées par le CODELT et l’ILC, ces assises ont réuni des acteurs de Kinshasa et de quatre provinces représentatives (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Équateur et Lualaba) afin d’actualiser sa stratégie 2025-2027 à l’aune de la nouvelle législation foncière.
Un besoin de plaidoyer
À l’approche de sa feuille de route (horizon 2027), la CFN fait face à un niveau d’exécution global inférieur aux ambitions initiales et à l’impératif d’intégrer le genre et la jeunesse. De plus, la Loi n° 25/062 du 30 décembre 2025, bien que modernisatrice, est critiquée pour avoir relégué au second plan les orientations de la Politique foncière nationale.
« Chaque cinq ans, la coalition foncière s’engage dans une réflexion profonde pour pouvoir au mieux répondre aux questions foncières actuelles, mais aussi définir les stratégies de travail afin de voir ce qu’il faut améliorer dans la gouvernance et, surtout, pour aider tant soit peu à gérer les conflits », a rappelé Angélique Mbelu, coordonnatrice de la CFN.
Conflits armés à l’Est, enjeux climatiques à l’Équateur et investissements miniers au Lualaba accentuent la complexité de la gestion sur le terrain, parfois marquée par le désordre et les multi-ventes de terres par certains chefs.
« Chaque fois que l’autorité coutumière élève la voix pour parler de problèmes fonciers, on lui répète « L’État a dit ». Pourtant, l’autorité coutumière est elle-même l’État. Les terres appartiennent à des tribus, sinon le Congo n’existe pas. Nous voulons aller vers une nouvelle constitution. Alors, c’est le moment de mettre toutes ces questions sur la table. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à la commission à mettre en place pour voir le Ministre sur ces questions », a martelé Mfumu Di Fima, autorité coutumière.
Les efforts se concentrent désormais sur les textes d’application de la loi. Marie Thérèse Okenge, experte de la CONAREF, a suggéré :
« La loi existe. Il faudra travailler sur les mesures d’application. C’est là que nous devons nous atteler, au sein de la commission que nous voulons mettre en place. Au niveau de la CONAREF, nous avons déjà entamé l’élaboration des mesures d’application, mais il faudra que la coalition mette à profit ses opportunités pour renforcer la stratégie. »
Par ailleurs, pour surmonter le déficit de gouvernance participative, une dynamique inclusive a été créée. « J’ai eu l’honneur de participer aux consultations provinciales pour recueillir les idées des jeunes, ce qu’ils voudraient voir dans la loi foncière. Je suis juriste de formation en droit foncier, mais les questions foncières ne sont pas faciles. L’approche de gouvernance participative n’y est pas incluse. Alors, nous avons créé une dynamique pour organiser des ateliers de formation pour que les jeunes accèdent à ces questions », a informé Miriane Kizimini, représentante de la jeunesse.
Notons qu’à l’issue de ces travaux, une feuille de route pour les prochains 18 mois a été validée. Elle prévoit sept axes stratégiques notamment, accélérer l’influence sur les mesures d’application, obtenir la mise en place de la Commission ministérielle, renforcer l’ancrage provincial de la CFN, intensifier la vulgarisation de la loi et des réformes, et renforcer le plaidoyer et la mobilisation des ressources.
Sarah MANGAZA