Pollution : L’art au service du climat pour terrasser le péril plastique à Kinshasa

L’exposition « Bikeko ya kopal 1 », lancée le vendredi 5 juin pour commémorer la Journée mondiale de l’environnement, s’est clôturée ce dimanche 7 juin 2026 à Kinshasa. À travers ses sculptures en plastique recyclé, le designer d’intérieur Jean-Alain Masela tire la sonnette d’alarme sur un fléau qui asphyxie la capitale congolaise. ​

Tout a commencé par un geste du quotidien. Il y a trois ans, en voyant son épouse froisser une bouteille en plastique, Jean-Alain Masela y décèle une forme artistique. Ce déclic pousse le designer en architecture d’intérieur à se muer en sculpteur écologiste. Sa matière première c’est la bouteille en plastique, l’un des déchets les plus envahissants de la ville-province de Kinshasa.

« La pollution plastique cause beaucoup de dégâts, comme le blocage des turbines d’Inga, et d’autres déchets se retrouvent dans l’océan, à Muanda », déplore l’artiste.

Pour l’instant, le sculpteur se fournit auprès des églises et des ménages, ne pouvant recycler que les bouteilles propres. Ramasser les déchets directement dans les rivières s’est avéré impossible. « Elles sont immondes et nous n’avons pas encore les moyens [financiers et techniques] pour cela », avoue-t-il.

Chaque statue raconte un drame kinois

Derrière la dimension esthétique de l’exposition se cache un message poignant. Présente à l’exposition pour en comprendre le sens, Juri Hanada, de l’Ambassade du Japon, a pu découvrir des œuvres chargées d’histoires locales.

Il s’agit notamment de la tragédie des inondations, une statue représentant une femme enceinte de jumeaux qui, de retour chez elle, découvre que sa maison a été emportée par les eaux. Mais aussi du fléau des mini-bouteilles d’alcool : Une autre œuvre qui met en scène de jeunes consommateurs de whisky en sachets et en petites bouteilles plastiques. Preuve du réalisme de l’œuvre.

Lors de l’installation de l’exposition vendredi à 5 heures du matin, un jeune garçon de la rue a spontanément imité la posture de la statue kuiti-kuiti (terme local pour désigner l’état d’ivresse).

« Le ministre provincial de l’Environnement a déclaré que la ville produit 400 milliards de plastiques par jour. Alors, nous devons tous « accoucher d’une conscience » pour comprendre que notre environnement est en train d’être détruit, et arrêter », martèle Jean-Alain Masela.

Une technique légère pour un impact lourd

Pour concevoir ses œuvres, l’artiste collecte des bouteilles, des vis, de la colle froide, des bouchons et divers objets glanés au bord du fleuve Congo (vieilles casseroles, balais, assiettes).

Ce choix présente un avantage logistique majeur, les œuvres ne pèsent presque rien et peuvent facilement voyager par fret pour exporter ce message écologique au-delà des frontières de la RDC.

Si l’artiste apporte sa pierre à l’édifice, il rappelle que la gestion de cette crise sanitaire et environnementale relève d’abord du sommet de l’État. Selon lui, les décideurs doivent mettre en place des lois contraignantes pour interdire le jet sauvage des bouteilles, cause principale des inondations qui paralysent Kinshasa à chaque pluie.

Pour étendre son action de sensibilisation, Jean-Alain Masela nourrit un projet ambitieux : implanter des ateliers à ciel ouvert à Kintambo Magasin et dans le district de la Tshangu. L’objectif est de recycler et de retravailler le plastique en public, au vu et au su de tous, pour interpeller les passants.

Une initiative saluée par la société civile

Présent lors de la clôture, Daniel Kumbu Nkwanga, membre de l’ONG Agir Mbwetete, n’a pas caché son enthousiasme face à cette démarche désintéressée :

« Je suis ravi de prendre part à cette activité. Au regard de la problématique du climat, l’artiste ne cherche pas à vendre, contrairement à d’autres expositions. Son idée est juste de sensibiliser. Dans cette exposition, on doit voir la toxicité des déchets plastiques. Alors, nous devons tous prendre conscience », a-t-il confié.

Débutée le vendredi 5 juin 2026 pour marquer la Journée mondiale de l’environnement, cette exposition kinoise rappelle que la crise plastique est globale. En transformant les déchets en cris de ralliement, Jean-Alain Masela espère que l’impulsion donnée durant ces trois jours à Kinshasa résonnera bien au-delà de cette date symbolique, pour devenir un engagement de chaque instant.

Sarah MANGAZA