Environnement: Journée mondiale de l’Environnement, Médecins du Monde sensibilise contre les pesticides à Kinshasa

L’ONG internationale Médecins du Monde et les membres du Réseau agroécologique ont célébré, ce vendredi 5 juin à Kinshasa, la Journée mondiale de l’environnement à travers une conférence-débat consacrée aux enjeux liés à l’utilisation des pesticides en République démocratique du Congo (RDC). L’activité a notamment mis en lumière la question de la réglementation, la promotion de l’agroécologie, ainsi qu’une meilleure protection de l’environnement et de la santé.

Selon Patrick Lusala, coordinateur du programme santé et environnement de Médecins du Monde France, l’enjeu principal est de comprendre que les pratiques agroécologiques contribuent à la fois à la protection de l’environnement et à celle de la santé :

« L’essentiel qu’on ne doit pas oublier, c’est que les pratiques agroécologiques ont un impact positif sur la protection de l’environnement et la santé. Ça veut dire qu’on ne protège pas seulement l’environnement. Il faudrait aussi gérer tout l’écosystème, limiter la production de tout ce qui est toxines, de tout ce qui est pollution. Nous pourrons déjà, par l’usage des produits organiques, limiter les dégâts et, en limitant les dégâts sur l’environnement, nous protégeons notre santé », a-t-il déclaré.

À Kinshasa, la production agricole dépend largement de l’apport en matières organiques. Cette donnée est d’autant plus importante que les sols, souvent sablonneux, ont une faible teneur en argile et en humus, ce qui réduit la capacité de rétention des éléments nutritifs et de l’eau pour plusieurs cultures comestibles. À ce défi s’ajoute le coût élevé des intrants agricoles, en particulier les engrais, les semences et les pesticides, renforçant ainsi la pression sur les maraîchers.

Un appel au changement de paradigme

Prenant la parole, le professeur Mamba Mamba, directeur au ministère de l’Agriculture, a souligné le caractère stratégique de l’initiative :

« C’est une activité très stratégique et très importante dans le développement socio-économique de la ville de Kinshasa. D’où l’intérêt pour les pouvoirs publics et tous les acteurs concernés de la société civile, ainsi que les réseaux qui travaillent pour la promotion de l’agroécologie en République démocratique du Congo, de tout mettre en œuvre pour que les paradigmes changent. Nous sommes dans l’obligation, en tant que société civile, en tant qu’université, en tant que pouvoir public, d’accompagner désormais les maraîchers à appliquer ce que nous appelons les pratiques agroécologiques ».

Médecins du Monde et le réseau agroécologique ont également fait écho au message des Nations unies pour l’environnement 2026, centré sur « l’urgence de l’action climatique et la transformation des systèmes économiques : la réduction des émissions et la restauration des écosystèmes ». L’objectif de cette mobilisation est de sensibiliser les maraîchers aux risques liés aux pesticides chimiques et de promouvoir l’usage des pesticides organiques, présentés comme favorables à la préservation des écosystèmes et à la santé humaine.

Le secrétaire technique du réseau agroécologie en RDC, Sylvain Ntumba, a précisé l’approche adoptée :

« Aujourd’hui, c’était plus une sensibilisation par rapport aux responsabilités envers l’écosystème et au respect de l’environnement. Ce sont peut-être des choses qu’ils connaissent, mais on a vraiment voulu marquer le coup pour cette célébration. En même temps, ensemble, nous avons mené un plaidoyer pour qu’il y ait des lois favorables à l’agroécologie, des lois qui viennent soutenir leurs efforts. En effet, l’application de l’agroécologie engendre des coûts supplémentaires et, parfois, ils n’arrivent pas à les supporter. Ils reviennent alors aux mauvaises habitudes qui conduisent aux maladies du sol et aux maladies humaines. C’était donc aujourd’hui une occasion de se sensibiliser les uns les autres et d’appeler l’État à soutenir l’agroécologie ».

Le programme PROSMACE en appui à l’alternative aux pesticides

Depuis 2022, Médecins du Monde France et ses partenaires, dont Caritas Développement Kinshasa et le Programme de santé au Travail, mènent le projet de Promotion de la Santé des Maraîchers, des consommateurs et protection de l’environnement (PROSMACE). Mis en œuvre sur trois sites de maraîchage de la ville de Kinshasa (Masina Rail, Tshuenge et N’djili Brasserie), ce programme vise à proposer une alternative basée sur les pesticides organiques.

Cette démarche cible en priorité la santé des travailleurs exposés aux risques toxiques liés aux pesticides, tout en contribuant à la préservation des écosystèmes, gravement affectés par le mésusage des produits de synthèse.

Vers un accès facilité aux soins dès 2026

En parallèle des actions de sensibilisation, Médecins du Monde accompagne spécifiquement 14 associations et coopératives, regroupant une quarantaine de bénéficiaires. Pour 2026, l’organisation indique avoir signé des accords avec des mutuelles de santé afin de faciliter l’accès aux soins pour les maraîchers et leurs familles. Cette initiative s’inscrit toujours dans l’optique du programme PROSMACE et bénéficie aux producteurs installés dans la partie est de Kinshasa.

Dans le cadre de ces activités, une étude de l’École de santé publique de Kinshasa, menée par la professeure Georgette Ngweme, révèle qu’environ 94 % des maraîchers de la ville utilisent, de manière combinée ou exclusive, diverses substances phytosanitaires, notamment des produits interdits (non homologués), périmés ou mal stockés.

L’événement s’est conclu par une exposition et une vente des produits des maraîchers, renforçant la portée pratique de cette journée : encourager des pratiques plus durables tout en valorisant le travail des producteurs engagés dans l’agroécologie.

Albert MUANDA