Conservation : Criminalité faunique en RDC, l’AWF arme juridiquement les écogardes de Lomako et Iyondji

Du 28 au 31 mai 2026, la ville de Boende, chef-lieu de la province de la Tshuapa, a abrité un atelier crucial pour l’avenir de la biodiversité en République démocratique du Congo. Organisée par l’African Wildlife Foundation (AWF), cette formation était destinée aux écogardes de la Réserve de faune de Lomako-Yokokala (RFLY) et de la Réserve communautaire des Bonobos d’Iyondji (RCBI). L’objectif était de combler le fossé entre l’infraction constatée sur le terrain et la condamnation effective des braconniers devant les tribunaux.

Aujourd’hui, la protection de la biodiversité ne se limite plus à la simple présence physique des écogardes dans les forêts. Elle repose désormais sur leur capacité à produire des preuves irréprochables face à la justice. C’est le sens de la nouvelle stratégie de conservation menée par l’AWF en RDC : intervenir ne suffit plus, il faut agir avec une rigueur scientifique et juridique.

« Dans la criminalité faunique, tout commence sur le terrain. Trop souvent, des enquêtes échouent non pas faute d’infractions, mais parce que les éléments collectés ne répondent pas aux exigences judiciaires ; l’exercice consiste à préserver chaque élément dans des conditions qui permettront son exploitation judiciaire », a déclaré Me Joe Kassongo, Senior Legal Officer chez AWF.

En RDC, l’impunité reste l’un des défis majeurs dans la lutte contre la criminalité faunique. Or, cette impunité se construit dès les premières minutes sur le lieu du crime. Une scène mal sécurisée, un indice contaminé ou un procès-verbal incomplet, et c’est toute la chaîne judiciaire qui s’effondre.

« Sur une scène de crime, chaque détail compte. Une trace négligée peut faire échouer toute une enquête », a insisté Benedict Lumanisa, Project Officer chez AWF.

Des acteurs de terrain promus « maillons judiciaires »

Grâce à cette session, les écogardes changent de statut. Ils ne sont plus de simples surveillants de la nature, mais deviennent les premiers maillons du système judiciaire environnemental. En plus du renforcement des compétences techniques, l’accent a été mis sur la déontologie. Dans un contexte où la corruption peut fragiliser les institutions, la crédibilité des enquêtes repose autant sur l’éthique des intervenants que sur leur maîtrise technique.

À l’issue de la formation, les participants ont reçu des brevets ainsi qu’un kit de gestion de scène de crime.

« Les écogardes repartent avec une nouvelle responsabilité : celle de faire le lien entre la forêt et le tribunal, entre l’infraction et la sanction, entre la conservation et la justice », s’est réjoui Lucien Gédéon Lokumu, Directeur responsable de la criminalité faunique au sein de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN).

Un enjeu vital pour la survie des Bonobos

Les réserves de Lomako-Yokokala et d’Iyondji constituent les derniers sanctuaires des bonobos, une espèce de grands singes endémique de la RDC et fortement menacée. Pour ces primates, chaque amélioration dans la gestion des scènes de crime représente une avancée concrète pour leur survie.

La formation a visiblement marqué les esprits des participants, désormais conscients de leur rôle crucial. « J’ai retenu que l’intégrité est le fondement de toute enquête crédible. Sans éthique, même les meilleures preuves perdent leur valeur », a confié Lutumba Nkaluo Alain, écogarde de la RFLY.

Un signal fort contre l’impunité

Cette évolution des méthodes de travail rappelle que protéger la faune congolaise exige désormais de savoir documenter, prouver et faire juger. « Au bout de chaque enquête réussie, il n’y a pas seulement une condamnation. Il y a un signal fort : celui que les crimes contre la nature ne resteront plus impunis », a martelé Lucien Gédéon Lokumu.

Cette initiative de l’AWF, essentielle pour le renforcement de l’État de droit et la valorisation durable des ressources naturelles en RDC, a bénéficié du soutien financier du Bureau des affaires internationales des stupéfiants et de l’application de la loi (INL) du Département d’État américain.

Sarah MANGAZA