Le projet de « Couloir vert Kivu–Kinshasa » représente une vision stratégique qui allie la préservation de la biodiversité à la connectivité économique de la République Démocratique du Congo. Présentée lors des forums NaturAfrica, cette initiative vise à transformer la perception des zones forestières : elles ne sont plus des obstacles au développement, mais le moteur d’une croissance durable. Il a été notamment évoquée à l’ouverture de la 2ème réunion du « Comité d’orientation stratégique (COS) », ce lundi 04 mai à Kinshasa.
Selon le chargé d’Affaires a.i de l’UE en RDC, Fabrice Basile, la conservation de la nature, la filière verte, les énergies renouvelables et la sécurité constituent des éléments indissociables pour réussir la protection de ces vastes écosystèmes.
«Il faut souligner la nécessité de mobiliser des investissements durables du secteur privé et d’attirer l’attention des acteurs européens. Ce couloir viendrait même se greffer naturellement à toutes les autres initiatives du programme Nature Africa initié en Afrique centrale », a précisé Fabrice Basile.
La deuxième session réunit à Kinshasa, du 04 au 06 mai, des représentants de l’UE et de la Commission des forêts d’Afrique Centrale (COMIFAC), après une première tenue en mars 2025 à Douala, au Cameroun. Comparativement à la première édition, cette réunion du COS se concentre davantage sur les défis de gouvernance des paysages transfrontaliers dans la région.
« Cette rencontre portera notamment sur les aspects stratégiques liés à la gouvernance transfrontalière, particulièrement sur les paysages transfrontaliers prioritaires pour la conservation et le développement qui ont été identifiés par l’UE », a expliqué Thomas Réveil, représentant de NaturAfrica et facilitateur des échanges.
Lors de son intervention, le diplomate Fabrice Basile a mis en avant la dimension politique et régionale de cette approche. Il a rappelé que l’UE appuie le corridor 6 : Douala–Bangui–Kisangani–Kampala, et que l’objectif est d’inscrire ces initiatives dans une logique plus large, visant à désenclaver l’Afrique centrale « au cœur », et à faciliter l’exportation des produits vers d’autres régions, y compris l’Europe.
« Ça serait une réussite politique, avec une volonté politique affirmée par les autorités congolaises et par nous, l’UE. Vous savez que l’UE appuie le corridor 6 : Douala-Bangui-Kisangani-Kampala. Donc ce sont des initiatives englobantes, régionales, qui doivent permettre de désenclaver cette Afrique qui est au cœur, l’Afrique centrale, mais aussi de désenclaver vers les deux océans, et au-delà, de permettre à tous ces produits, en tout cas, en ce qui concerne la RDC, ses produits à être exportés vers l’UE », a-t-il renchéri.
Selon les membres de NaturAfrica, un premier test a été réalisé sur le couloir depuis plus d’un mois et demi. Ce test s’est révélé « en réussite », avec le départ de deux containers depuis le Kivu en direction de Kinshasa la semaine dernière. NaturAfrica annonce ainsi l’entrée dans sa deuxième phase, avec l’objectif de renforcer ses liens avec l’approche « Global Gateway » à 360 degrés.
Le « Couloir vert Kivu–Kinshasa » a été lancé par la RDC au début de l’année 2025. Présenté comme une réserve communautaire unique, il est décrit comme l’expression de l’avancée de NaturAfrica à travers des actions capables d’apporter un changement. Au-delà de l’environnement, le couloir vert est également présenté comme une opportunité économique. L’objectif est de réunir les conditions nécessaires à la mise en place d’un système de développement inclusif et d’une économie verte.
« Le Couloir vert Kivu–Kinshasa, c’est une jonction qui couvre tant le domaine économique que le domaine socio-politique. Donc, le couloir est avant tout et après tout, si vous me le permettez, un mode notamment de transition. Un mode de transport multimodal, mais aussi une aire protégée. Une aire protégée qui va permettre de faire du développement inclusif, tant dans le domaine agricole que dans le domaine de produits transformés, que vous verrez », a souligné Fabrice Basile, indiquant que certaines organisations ont déjà expérimenté le passage sur ce couloir vert.
La société civile environnementale appelle toutefois à une attention particulière sur l’implication des communautés locales et des peuples autochtones pygmées. Des plaidoyers sont menés afin que les recommandations, reformulées et mieux intégrées, soient prises en compte pour garantir une répartition des bénéfices « sur les bonnes bases ». Les échanges de Kinshasa couvriront aussi des sujets liés à la gouvernance des paysages transfrontaliers, afin de s’assurer que ces problématiques ne freinent pas les efforts de conservation réalisés par les États.
Le programme NaturAfrica repose sur trois piliers à savoir la conservation de la biodiversité, à travers notamment le suivi écologique, la promotion de l’économie verte, via l’agriculture durable et l’énergie renouvelable et le renforcement de la gouvernance, avec des plateformes multi-acteurs et des mécanismes de gestion des plaintes. À l’issue de la rencontre organisée du 4 au 6 mai, les acteurs de la conservation et du développement durable en Afrique centrale entendent lancer une dynamique commune autour des paysages prioritaires soutenus par l’UE.
Albert MUANDA