Agriculture : Agroécologie en RDC, la science au service des savoirs locaux pour vaincre l’insécurité alimentaire

Les résultats de la recherche sur « la perte post-récolte du riz et du maïs dans la Tshopo : état des lieux et solutions biosourcées » ouvrent une ère nouvelle pour l’agriculture congolaise. Présentée le mardi 10 mars 2026 à Kinshasa, cette étude valide scientifiquement des technologies ancestrales de conservation pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

L’étude menée dans les deux bassins de production à Isangi, par Jeremy Berdy de l’Université de Liège Gembloux Agrobiotech (Belgique), et Augustin Bolombe de l’ERAIFT (Ecole Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux) est partie du constat tel qu’une part majeure de la production agricole congolaise se volatilise après la récolte faute de moyens de conservation adéquats.

« On perd environ 10 millions de tonnes de maïs et 5 à 6 millions de tonnes de riz par an à l’échelle sous régionale en post-récolte. Cette étude vient pour résoudre ce problème par l’utilisation de bio pesticides, pas seulement sur les pertes physiques, mais surtout contre les insectes », a déclaré Jeremy Berdy.

Cette étude soutenue par le CIFOR-ICRAF à travers le Programme RESSAC (Recherche appliquée en écologie et en sciences sociale en appui à la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale), financé par l’Union européenne, a permis d’identifier les facteurs clés, à la base de ces attaques « l’humidité et la température » qui favorisent la destruction du maïs et de riz dans la phase post-récolte et proposer des technologies adaptées pour lutter contre ce fléau.

« Nous avons identifié et testé des méthodes de conservation traditionnelles utilisées par nos agriculteurs », a expliqué Augustin Bolombe. « Les résultats sont spectaculaires : une technologie basée sur ces connaissances locales permet aujourd’hui de conserver des denrées comme le maïs ou le riz pendant six mois, sans aucune attaque d’insectes ou de moisissures, et surtout, sans aucun produit chimique ».

Les scientifiques ont, dans leur démarche de lutte anti fongique, utilisé le Tetrapleura tetraptera et scorodophloeus zenkeri connu localement sous le nom de Bifoli. Ces deux ingrédients utilisés comme produits alimentaires dans cette zone ont démontré leur efficacité contre les charançons dans le maïs et l’aflatoxin dans le riz.

De la recherche à l’action : Le « Couloir Vert » en ligne de mire

Dans un contexte marqué par les défis du changement climatique et de la sécurité alimentaire, les résultats de cette recherche est une contribution notable à l’agriculture congolaise. En validant scientifiquement les technologies ancestrales de conservation, cette étude promet de réduire drastiquement les pertes post-récolte et de booster les revenus des ménages ruraux.

L’enjeu n’est plus seulement de prouver, mais de diffuser. C’est ici qu’intervient le projet Desira+ qui servi de cadre à cette étude scientifique. Ce projet envisage assurer le passage à l’échelle des connaissances générées par cette étude.

Victoire Aganze, coordonnateur du projet Desira+, précise l’ambition géographique : « Alors que RESSAC a œuvré dans la Tshopo, nous allons diffuser ces technologies le long du « couloir vert » ».

A l’en croire, l’objectif est de sécuriser les stocks depuis les zones de production jusqu’aux grands centres de consommation, particulièrement Kinshasa, tout en garantissant des produits sains pour les consommateurs.

Les résultats de cette étude s’inscrivent dans l’approche mise en œuvre dans le cadre du Programme RESSAC. Le coordonnateur dudit programme se dit satisfait de cette recherche appliquée qui apporte des solutions concrètes peu couteuses à un problème qui touche les communautés.

« C’est un consortium composé de l’Université de liège, ERAIFT et Enabel. Enabel exécute le projet DESIRA+ centré sur la vulgarisation des pratiques innovantes pour améliorer les conditions de vie de la population. Nous sommes ici pour échanger avec les acteurs de terrain et les décideurs pour voir comment est-ce que le programme RESSAC peut être une base ou une suite pour les activités futures du projet DESIRA+ », a déclaré Richard Sufo.

Un appui institutionnel fort pour une résilience durable

Cette démarche reçoit un soutien de poids de la part des autorités. Benjamin Toirambe Bamoninga, Secrétaire Général à l’Agriculture et sécurité alimentaire, insiste sur la nécessité de lier science et politique : « Les décisions politiques ne doivent pas être prises au hasard, mais s’appuyer sur des preuves scientifiques solides. L’accompagnement de mon ministère est donc disponible pour la vulgarisation de ces résultats », a-t-il précisé.

Les scientifiques se disent convaincus que l’appropriation de ces techniques est facilitée par leur faible coût et leur accessibilité. En se passant d’intrants chimiques coûteux, les paysans gagnent en autonomie et en résilience face aux aléas climatiques.

En transformant le savoir local en une technologie de pointe validée scientifiquement, la RDC se dote d’un outil puissant pour stabiliser les prix sur les marchés urbains et offrir un avenir plus prospère à ses producteurs ruraux.

Alfredo Prince NTUMBA

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