Le Président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé le samedi 5 juillet la table ronde du projet novateur « Crédit Bonobo ». Ce mécanisme de financement vise à soutenir la conservation de la réserve faunique de Lomako Yokokala et à valoriser la biodiversité au bénéfice des communautés locales et des peuples autochtones dans le territoire de Befale, Province de la Tshuapa.
« La tenue de cette table ronde représente une opportunité dans ce qu’elle offre un cadre pour définir clairement les bases d’un plaidoyer international structuré en faveur de la création d’un crédit biodiversité propre à chaque espèce, notamment celle géomatique, à forte valeur pour l’humanité, à l’instar du bonobo, de l’okapi, du gorille de montagne, etc. notre pays réaffirme sa volonté de placer la justice environnementale au cœur de l’action internationale», a déclaré le président Tshisekedi.
Il a par ailleurs salué la coopération exemplaire entre la RDC et le Royaume de Belgique, indispensable à la préservation du riche bassin de biodiversité du Congo. Le Royaume de Belgique, représenté par ses diplomates, a salué cette initiative, affirmant la détermination de son gouvernement à renforcer les liens entre les deux États sur d’autres projets environnementaux.
« La relation entre nos deux états s’est illustrée en janvier 2025 à Davos, lors du Forum économique mondial, avec le lancement du projet couloir vert Kivu-Kinshasa en présence de Sa Majesté le Roi des Belges », a rapporté la cheffe Adjointe de la mission diplomatique belge en RDC, Lot Debruyne. « Les bonobos sauvages sont sous menace, donc il faut justement une biodiversité protégée. Il va falloir travailler ensemble avec la population locale pour justement les convaincre de cet intérêt de garder et de préserver la biodiversité ».
L’Antwerp Zoo Foundation, un pilier de la protection des Bonobos en RDC ?
L’Antwerp Zoo Foundation (AZF) joue un rôle crucial dans la protection des bonobos. En collaboration avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), l’AZF a initié ce projet afin d’améliorer les conditions de vie des bonobos tout en apportant un soutien aux populations locales.
Dries Herpoelaert, directeur général de l’Antwerp Zoo Foundation, a expliqué que l’approche proposée repose sur une valorisation monétaire de la biodiversité pour ces communautés, basée sur l’évolution de la population de bonobos dans les zones ciblées. « Cette collaboration productive vise la cogestion de la biodiversité et l’évolution de la réserve de Lomako Yokokala pour le bénéfice direct des communautés locales et des peuples autochtones », a-t-il expliqué.
Pour le directeur général de l’ICCN (Institut congolais pour le Conservation de la Nature), Yves Milan Ngangay, il s’agit d’une initiative de « visionnaire et inédite », visant à créer la plus vaste réserve terrestre protégée au monde. Il a souligné que cette table ronde est une opportunité stratégique pour amplifier les efforts de conservation.
« L‘ICCN envisage d’étendre ce programme à d’autres espèces emblématiques telles que l’okapi, le gorille de plaine et de montagne, et le paon congolais, afin de renforcer l’impact environnemental et communautaire. L’institut a réitéré son engagement à valoriser la biodiversité du pays en tant qu’institution technique, scientifique et stratégique », a-t-il informé.
Il sied de signale que dans le cadre de sa mission, l’AZF a mené un projet pilote de protection de bonobos, avec une compensation annuelle de 15 000 dollars sur une zone de 300 km², Cette expérience pilote a permis de trouver un accord avec la population locale concernant la conservation des bonobos et de leur habitat. Herwig Leirs, Président du Conseil d’administration de l’Antwerp Zoo Foundation, a indiqué que les premiers résultats sont très prometteurs et qu’une mise à l’échelle sera bientôt envisagée.
Vers un avenir durable de la biodiversité congolaise ?
Avec le projet « Crédit Bonobo », la République démocratique du Congo réaffirme son engagement en faveur de la protection de son environnement et du développement durable. La table ronde vise à établir les principes fondamentaux des « Crédits Biodiversité spécifiques aux espèces » et à promouvoir des modèles équitables, adaptables et institutionnalisés pour l’avenir.
Le Professeur Herwig Leurs, Président du Conseil d’administration de la Société Zoologique Royale a précisé que ce qui est entrepris à Lomako Yokokala est un modèle que l’on espère voir dupliqué par d’autres organisations et bailleurs de fonds, et que c’est l’objectif de cette table ronde qui cherche à échanger les expériences.
Au-delà de sa portée écologique, ce projet incarne une ambition sociale et économique forte en République démocratique du Congo. L’objectif principal de cette première table ronde est d’initier des discussions sur cet outil de financement innovant, afin de définir les principes clés qui orienteront le développement et l’expansion de projets similaires.
Albert MUANDA