Forêt : Regards des partenaires techniques et financiers sur le premier Congrès des Peuples autochtones des bassins forestiers

Le premier congrès des peuples autochtones et communautés locales des bassins forestiers s’est achevé. Tenu à Brazzaville du 26 au 30 mai 2025, cet événement historique a suscité l’intérêt des partenaires techniques et financiers, des bailleurs de fonds et des experts. Ces derniers ont perçu dans cette organisation une preuve de la maturité de ces peuples, autrefois considérés comme marginalisés et incapables de contribuer de manière significative aux questions cruciales dans le monde. Nous vous présentons quelques témoignages recueillis sur place lors de ce congrès.

Esben Marcussen (Ambassade de Norvège à Kinshasa)


« Il est historique de voir les peuples autochtones des trois principaux bassins forestiers du monde, ainsi que de la Mésoamérique, réunis. Cet événement marque un moment historique, mais aussi une opportunité cruciale pour préparer les prochaines étapes importantes dans la lutte contre la déforestation et pour la sécurisation foncière des peuples autochtones et des communautés locales. Il s’agit de la COP30 à Belém, au Brésil.

La question primordiale pour les bailleurs de fonds impliqués dans la lutte contre la déforestation est de savoir comment s’assurer que les fonds mobilisés aboutissent à des résultats concrets, et comment engager toutes les parties prenantes vers ces résultats.

Aujourd’hui, les bailleurs de fonds souhaitent que les fonds parviennent directement aux communautés. Cependant, cela reste complexe en raison des règles applicables aux fonds publics. Il est essentiel de pouvoir garantir un audit pour vérifier l’utilisation des fonds, car un manque de transparence pourrait conduire les populations des pays donateurs à exiger l’arrêt du financement.

Nous avons l’obligation de mettre en place des systèmes solides. Comment équilibrer ce besoin de systèmes fiduciaires robustes avec la nécessité d’acheminer directement les fonds aux communautés ? Une solution pourrait être les Paiements pour Services Environnementaux (PSE). Dans le cas de la RDC, si les Concessions Forestières des communautés Locales (CFCL) parviennent à élaborer et à mettre en œuvre un Plan simple d’aménagement du territoire, cela pourrait déclencher un paiement pour les communautés locales. En mettant en place des systèmes suffisamment directs, nous pourrions trouver une solution à grande échelle. »

Maxime Nzita (Fonds Bezos)

« À mon avis, l’organisation est bien structurée. De plus, la représentation des personnes témoigne d’une forte dimension internationale, notamment en ce qui concerne les peuples autochtones et les communautés locales. Le Fonds Bezos, ainsi que d’autres partenaires financiers internationaux, soutiennent les communautés locales dans le cadre de l’initiative ‘Challenging Planet’. Nous nous sommes engagés financièrement à faire en sorte que ces communautés reçoivent chaque année plus de 100 millions de dollars. Dans le cadre de cette initiative, le Fonds Bezos, à travers ses activités actuelles dans le bassin du Congo, respecte ce processus en débloquant des fonds par l’intermédiaire de grandes organisations internationales qui travaillent avec les communautés locales et les peuples autochtones. Nous comptons poursuivre cet engagement.

La demande des communautés de recevoir directement des fonds est légitime. Cependant, lorsque nous parlons de fonds, nous parlons de finance, d’argent, de suivi d’indicateurs de performance. Il est donc essentiel de s’assurer que les communautés progressent dans ce processus avec un maximum de capacités déjà construites et acquises pour pouvoir gérer ces fonds de manière efficace et durable. »

Patrick Kipalu (Rights and Ressources Initiative – RRI) 


« L’organisation de ce premier congrès mondial des forêts par les peuples autochtones et les communautés locales témoigne de leur capacité croissante à développer et à gérer leurs propres organisations. Cette grande réunion internationale démontre que ces communautés sont désormais suffisamment organisées et compétentes pour mener à bien des projets d’envergure.

Cette capacité a été prouvée sur le terrain. Au cours des trois dernières années, la RRI, à travers son mécanisme de financement interne CLARIFI, a investi 10 millions de dollars dans le bassin du Congo. Ces fonds ont été directement alloués à des projets gérés par les communautés locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers, la préservation de la biodiversité, la sécurisation des droits fonciers et le renforcement des moyens de subsistance. Les communautés ont démontré leur aptitude à utiliser ces fonds efficacement, à les gérer sur le terrain et à produire des résultats concrets.

Un tel congrès est une preuve supplémentaire que ces communautés sont des partenaires fiables sur lesquels nous pouvons compter. Nous pouvons établir avec elles des partenariats solides pour soutenir davantage leur travail essentiel de préservation des écosystèmes forestiers et de la biodiversité.

Nous avons soutenu la participation des communautés à ce congrès pour leur permettre de se rassembler et de parler d’une seule voix. L’un des objectifs de ce congrès est qu’elles élaborent une position commune pour toutes les régions (Asie, Amérique latine et Afrique) en vue de la COP30. Si les communautés parviennent à s’organiser, à coordonner leur plaidoyer et à parler d’une seule voix, cela constitue une avancée majeure.

La coalition RRI a lancé l’année dernière une campagne appelée le Pledge que nous voulons. Cette campagne vise à mobiliser tous les acteurs au niveau mondial afin de faire progresser le financement direct des actions liées au climat et à la conservation de la biodiversité en faveur des communautés. Il s’agit d’un instrument supplémentaire que nous apportons à la COP30 pour fédérer les efforts de financement et permettre à différents mécanismes de cibler directement les communautés. »

Joe Eisen  (Rainforest Foundation UK)

« Je pense que c’est une initiative remarquable. Les peuples autochtones et les communautés locales sont souvent marginalisés et leur participation à de grands événements se limite souvent à des performances culturelles. Cette conférence est différente. Pour la première fois, les organisations de peuples autochtones se réunissent avec un ordre du jour précis. Elles ont invité des partenaires et des bailleurs de fonds. C’est une avancée significative et je félicite les organisateurs.

Nous faisons face à de nombreux défis, mais aussi à de belles opportunités pour faire progresser les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Il est essentiel que les ressources financières parviennent plus directement aux communautés, mais l’appui technique reste primordial. Cet appui devrait permettre aux communautés de réaliser des activités telles que la cartographie participative et la gestion de forêts communautaires. Un soutien global aux communautés locales est indispensable. »

Raymond Samndong (The Tenure Facility)


« Les forêts du bassin du Congo n’ont pas encore reçu l’attention qu’elles méritent, comparativement à d’autres bassins forestiers. Ce premier congrès pour les peuples autochtones du monde entier représentait une opportunité cruciale pour nous. Nous avons donc jugé essentiel de le soutenir afin d’accroître la visibilité du bassin du Congo. Cela permettait également de souligner l’étendue et l’importance du REPALEAC, un réseau de peuples autochtones regroupant plus de 8 pays.

Deuxièmement, les forêts du bassin du Congo souffrent d’un manque de financement. Malgré les annonces de fonds à l’échelle mondiale lors de grandes conférences, seule une fraction minime parvient à cette région. En soutenant ce congrès, nous adressons un message clair aux bailleurs de fonds : il est impératif d’allouer davantage de ressources financières au bassin du Congo.

Notre objectif est que cette mobilisation et les déclarations faites se traduisent par une action forte dans la déclaration globale de la COP30 à Belém. »

Bonaventure Bondo  (Greenpeace Afrique)


« Nous saluons vivement cette initiative, car c’est la première fois que toutes les forces vives des peuples autochtones et des communautés locales de tous les bassins forestiers se réunissent pour réfléchir et agir dans une direction commune. C’est également une occasion pour eux de partager leurs expériences, certains étant plus avancés que d’autres sur certaines questions, notamment celles liées à la sécurisation des terres et à l’accès direct au financement.

Nous nous sommes assurés d’avoir une large délégation de nombreux autochtones que nous avons invités et soutenus pour participer ici et leur permettre d’exprimer pleinement leurs voix. Nous n’allons pas nous arrêter là. Nous continuons également à travailler avec eux dans le cadre d’un projet innovant que nous mettons en œuvre avec nos bureaux Greenpeace au Brésil, en Indonésie et en Afrique. Ce projet vise à garantir que la voix des peuples autochtones soit entendue.

Nous menons des actions de plaidoyer et de lobbying de haut niveau pour que les demandes liées à l’accès au financement, à la protection des droits des autochtones et à la protection des forêts soient entendues.

Nous allons nous efforcer de créer davantage d’espaces de dialogue entre les peuples autochtones et les décideurs. L’objectif est de leur permettre de plaider pour leurs propres causes, car les modèles de plaidoyer habituels consistent souvent à rapporter ce que les communautés veulent ou leurs besoins. Nous adoptons cette fois-ci une perspective différente : offrir aux communautés l’opportunité de rencontrer directement les décideurs, afin qu’ils aient une place significative dans le processus de prise de décision. »

Alfredo Prince NTUMBA