À l’occasion de la séance d’ouverture de la deuxième journée du Global Knowledge Forum, qui s’est tenue ce 19 mai à Singapour, Professeure Marie Nyange Ndambo, Ministre de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Économie du Climat de la République Démocratique du Congo (RDC), a livré un plaidoyer fort pour une refonte de la gouvernance climatique mondiale.
Intervenant au nom du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et du Gouvernement congolais, la Ministre a partagé la vision stratégique de ce « pays-solution » face à la convergence des marchés volontaires, réglementaires et internationaux des crédits carbone.
Dans un contexte de transformation profonde de l’architecture financière mondiale, Singapour s’impose désormais comme une plateforme incontournable pour les échanges sur la transition écologique. C’est depuis cette tribune que la RDC a réaffirmé son soutien au développement de ces marchés, tout en fixant des lignes rouges strictes axées sur l’intégrité, l’équité et le respect absolu de la souveraineté nationale.
Le carbone : un levier de développement, pas une marchandise
Pour la RDC, qui abrite l’un des plus grands réseaux de forêts tropicales au monde, la participation aux mécanismes carbone dépasse largement le cadre d’une « simple opportunité commerciale » ou économique.
« Notre pays considère que les mécanismes carbones peuvent constituer des leviers puissants de mobilisation des financements climatiques à grande échelle, à condition qu’ils reposent sur des principes clairs d’intégrité environnementale, de transparence, d’équité et de souveraineté nationale », a souligné la Ministre.
La vision congolaise inscrit les crédits carbone au cœur des priorités nationales notamment la préservation des écosystèmes, l’impact social concret et financement durable : génération de devises pour la nation tout en contribuant à la régulation du climat mondial.
Afin de combler l’écart entre son immense potentiel forestier et sa participation effective aux marchés , la RDC a engagé des réformes institutionnelles majeures. La création de l’Autorité de Régulation du Marché Carbone (ARMCA), accompagnée de sa feuille de route opérationnelle, marque un tournant historique pour le pays.
L’ARMCA a pour missions principales d’assurer l’intégrité environnementale des initiatives, de faire respecter les sauvegardes sociales, et de garantir la transparence et la traçabilité de toutes les transactions sur le territoire national. Ce cadre souverain vise à renforcer la confiance des investisseurs internationaux tout en maintenant un contrôle strict des activités carbone par l’État.
La Ministre a toutefois abordé avec franchise la question des prix. Historiquement, les signaux de prix du marché volontaire du carbone (MVC) ont été insuffisants pour concurrencer le coût d’opportunité des activités destructrices comme la déforestation.
Pour l’avenir, la RDC mise sur la nouvelle génération de méthodologies, les critères d’intégrité accrus, ainsi que sur l’Article 6 de l’Accord de Paris et le mécanisme CORSIA pour rehausser les financements. Selon elle, l’obtention de « prix justes » reste la condition sine qua non pour justifier l’effort administratif et garantir une distribution équitable des bénéfices aux communautés locales.
En conclusion, la représentante de la RDC a exhorté les pays du Nord à faciliter l’accès au financement, au transfert technologique et au renforcement des capacités pour le Sud Global. Le message de Singapour est clair : la Nouvelle Économie du Climat ne pourra réussir que si elle se fonde sur une transition juste, inclusive et respectueuse de la souveraineté des États forestiers.
Alfredo Prince NTUMBA