Forêt : I4C 2026 à Singapour, la RDC tape du poing sur la table face au déficit du financement climatique mondial

C’est une prise de parole stratégique et sans concession qu’a livrée la Professeure Marie Nyange Ndambo, Ministre de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Économie du Climat de la République Démocratique du Congo (RDC), ce mercredi 20 mai 2026 à Singapour. Intervenant dans le cadre de la prestigieuse Conférence Innovate4Climate (I4C 2026), la représentante congolaise a rappelé avec force que la conservation forestière est désormais érigée en « priorité nationale » absolue à Kinshasa. Mais au-delà des réformes internes, c’est un véritable plaidoyer pour une justice financière internationale qui a résonné dans l’hémicycle.

Avec ses 155 millions d’hectares de forêts tropicales humides, la RDC s’impose comme le deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie. Mieux encore, le pays se dresse comme l’un des principaux pouins de carbone naturels de la Terre, indispensable à la stabilisation du climat mondial et à la préservation d’une biodiversité exceptionnelle.

Pourtant, malgré ce rôle de premier plan, le constat demeure amer. « Le financement climatique est très faible », a déploré la Professeure Marie Nyange Ndambo. Un manque à gagner international qui freine la lutte contre les réalités du terrain. Car si le taux relatif de déforestation de la RDC reste inférieur à celui d’autres géants tropicaux, les pertes annuelles en valeur absolue sont qualifiées de « préoccupantes » : 1,33 million d’hectares partent en fumée chaque année, principalement sous la pression démographique liée à l’agriculture de subsistance et au bois énergie.

Ce cri du cœur de la Ministre met en lumière une réalité économique, tant que le financement international ne touchera pas directement le quotidien des populations locales et des peuples autochtones pour améliorer leur situation économique, l’arbre continuera de servir de bouclier contre la pauvreté.

Loin de se positionner en simple victime, la RDC a profité de cette tribune pour exposer ses avancées structurelles : La validation d’une nouvelle Politique Forestière nationale; la révision globale du Code Forestier, visant à adapter la législation aux réalités climatiques contemporaines; le renforcement soutenu du processus REDD+ pour l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

Des réformes d’envergure menées main dans la main avec des partenaires techniques et financiers de premier plan, à l’instar de la Banque Mondiale, de l’Initiative pour les Forêts de l’Afrique Centrale (CAFI) et de l’Agence Française de Développement (AFD), dont les efforts ont été salués à la tribune.

En choisissant la vitrine technologique et financière d’Innovate4Climate à Singapour, la RDC envoie un signal clair aux marchés du carbone et aux bailleurs de fonds : le « Pays-Solution » fait sa part du travail sur le plan législatif et opérationnel. C’est désormais à la communauté internationale de concrétiser ses promesses financières, si elle ne veut pas voir le deuxième poumon vert de la planète s’asphyxier.

À Kinshasa comme à Singapour, l’heure n’est plus aux discours d’intention, mais aux investissements d’impact.

Alfredo Prince NTUMBA