RDC : Mobilisation générale contre l’arrestation arbitraire du défenseur environnemental Franck Eluo à la prison de Lisala

Une vague d’indignation secoue les organisations de défense des droits humains et de l’environnement en République Démocratique du Congo. L’Alerte Congolaise pour l’Environnement et les Droits Humains (ACEDH), soutenue par un collectif de 25 organisations de la société civile, hausse le ton pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « poursuite bâillon » visant à faire taire les sentinelles de la nature dans l’arrière-pays.

Le plaignant transformé en accusé

Au cœur de cette affaire se trouve Sieur Franck Eluo Kombe, président de l’Association pour le Développement Intégral des Peuples Autochtones Pygmées de Bonganda (ADOPAG Asbl), dans la province de la Mongala. Activiste reconnu pour son engagement en faveur de la justice climatique et des droits des peuples autochtones, M. Eluo Kombe fait face à une détention qu’un large collectif qualifie d’illégale et d’arbitraire à la prison de Lisala.

L’origine de son arrestation suscite de vives interrogations. Son organisation avait initialement déposé une plainte contre la société d’exploitation forestière Booming Green pour des faits graves de destruction de forêts et de sources d’eau, en violation directe du Code forestier.

Cependant, lors d’une démarche auprès du Procureur Général de la Mongala pour signaler des irrégularités majeures dans le suivi de ce dossier, notamment une confrontation menée par des personnes non mandatées, la situation s’est brusquement retournée contre l’activiste. Accusé de manière expéditive d’« outrage au magistrat », Franck Eluo Kombe a été placé sous Mandat d’Arrêt Provisoire le 15 mai 2026.

Une justice instrumentalisée ?

Pour l’ACEDH et ses partenaires, cette vitesse de procédure cache une « gymnastique judiciaire suspecte et honteuse » orchestrée pour intimider le défenseur de l’environnement.

« Comment expliquerait-on l’arrestation et la détention d’un plaignant qui vient faire le suivi de son affaire ? » s’insurgent les signataires de la note de dénonciation.

Les organisations dénoncent de prétendus pactes entre des intérêts corporatifs privés et certains acteurs du système judiciaire et sécuritaire, visant à criminaliser les militants climatiques. Cet acharnement est pointé comme une violation flagrante de l’article 53 de la Constitution de la RDC, qui stipule que « toute personne a droit à un environnement sain… et a le devoir de le défendre ».

Un appel urgent aux autorités nationales

Face à ce qu’elle qualifie de menace pour l’État de droit, la société civile interpelle directement les plus hautes instances du pays et recommande des actions immédiates :

  • Au Ministre de la Justice et des Droits Humains ainsi qu’à la CNDH : S’impliquer d’urgence pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de Franck Eluo Kombe, et porter la problématique des poursuites bâillons SLAPP devant le Conseil des Ministres.
  • Au Procureur Général près la Cour de Cassation : User de son autorité pour annuler cette procédure jugée injuste et mener une enquête totalement indépendante et transparente sur les allégations de destruction forestière par la société visée.
  • Au Conseil Supérieur de la Magistrature : Initier des poursuites disciplinaires exemplaires contre les magistrats impliqués dans ce traitement cavalier.

Alors que la RDC affiche ses ambitions environnementales à travers des initiatives telles que la création du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, les militants rappellent qu’il ne peut y avoir de transition ou de justice climatique si ceux qui protègent la terre sont jetés en prison. Une campagne nationale et internationale de solidarité est d’ores et déjà lancée pour que cette affaire ne devienne pas un dangereux précédent en République Démocratique du Congo.

La Rédaction