Mines : Ruashi Mining pollue en toute impunité à Kolwezi, la société civile monte au créneau

La ville de Kolwezi, souvent célébrée comme la capitale mondiale du cobalt, cache une réalité bien plus sombre pour ses habitants. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 14 mai 2026, à Kinshasa, l’ONG Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH) dénonce un « calvaire insupportable » causé par les activités de l’entreprise Ruashi Mining.

Selon les rapports publiés par l’IBGDH, en collaboration avec les organisations UWAZI et SAUTI YA LUALABA, les populations locales subissent de plein fouet les conséquences de l’exploitation minière située en plein centre-ville. Les témoignages recueillis font état de symptômes alarmants. Respiration difficile, éruptions cutanées et saignements de nez fréquents, particulièrement chez les enfants. Les riverains se plaignent d’une mauvaise qualité de l’air, d’odeurs chimiques émanant des bassins d’acide et de nuisances sonores constantes.

« Je peux dire que nous sommes dans un secteur de non-État. On ne sent pas l’autorité de l’État. Ruashi Mining se trouve au centre même de la ville de Kolwezi. Elle a trouvé les habitants là où elle a construit ses installations. Ce que nous déplorons aujourd’hui ce n’est que l’essai d’exploitation lancé en octobre 2025 », s’est indigné le coordonnateur.

Une analyse scientifique commandée par ces structures a apporté des preuves matérielles à ces plaintes. Elle révèle une corrosion prématurée des toitures en tôles, des fissures sur les habitations et un dessèchement des cultures environnantes. Plus grave encore, les analyses chimiques démontrent que les eaux de pluie et de puits contiennent des concentrations en métaux lourds (arsenic, cadmium, fer, manganèse et cuivre) dépassant largement les normes de l’OMS. Les sols, devenus trop acides et chargés en métaux, sont désormais jugés impropres à l’agriculture.

Malgré l’espoir suscité par les promesses du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, quant à une redistribution équitable des richesses minières, le constat sur le terrain reste amer. L’IBGDH dénonce une « forte impunité » et un désintérêt manifeste des autorités locales, provinciales et nationales.

« Même la contribution de Ruashi Mining au développement local, il y a un débat que l’on peut faire. Dans la zone, il n’y a ni route construite, ni forage, moins encore d’écoles construites par elle », a déploré Donnat Kambola, coordonnateur de l’IBGDH.

Bien que le Trésor public ait déjà perçu des amendes liées à cette pollution, aucune action concrète de réparation n’a été entreprise pour soulager les victimes. Pendant que les autorités s’enferment dans une « bulle », les populations les plus vulnérables continuent d’en payer le prix fort.

« Les autorités locales, provinciales et nationales hésitent à imposer des mesures urgentes ne serait-ce que conservatoires pour atténuer le dégât environnemental et réduire le coût humain que payent innocemment les enfants, femmes et les personnes de troisième âge », a-t-il insisté.

Face à l’urgence de la situation et à l’éventualité d’une délocalisation des communautés affectées, l’IBGDH ne mâche plus ses mots. L’organisation exige la cessation immédiate des activités polluantes, et la fermeture de l’usine métallurgique de Ruashi Mining à titre de mesure conservatoire.

A l’en croire, l’heure est à l’action pour éviter que Kolwezi ne devienne définitivement une « terre maudite » sacrifiée sur l’autel de la transition énergétique mondiale.

Par ailleurs, l’ONG pointe du doigt des tentatives d’occupation qui ne respecteraient pas les procédures légales en vigueur. Elle exhorte les autorités nationales à intervenir pour faire respecter l’autorité de l’État et protéger les citoyens contre ce qu’elle qualifie d’« intimidation ».

L’IBGDH entend déployer d’autres actions pour obtenir gain de cause. L’organisation n’hésitera pas de saisir les actionnaires de l’entreprise et les acheteurs de leurs produits afin de les sensibiliser sur les méfaits d’une exploitation irresponsable de la Ruashi Mining sur le sol congolais.

Alfredo Prince NTUMBA