Un tournant historique s’opère dans la gestion des écosystèmes du bassin du Congo. Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, a accueilli le forum des donateurs pour sceller une alliance stratégique visant à placer les peuples autochtones au cœur du financement climatique mondial. Inauguré ce mercredi 11 mars par la Ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle économie du Climat, ce forum vise à mobiliser 10 milliards de dollars et à sécuriser environ 6 millions d’hectares de terres d’ici à 2030.
« Toute stratégie de conservation dépourvue d’inclusion sociale est vouée à l’échec », a martelé la professeure Marie Nyange Ndambo. « La République Démocratique du Congo, véritable pays-solution, ne peut protéger sa biodiversité sans ses gardiens qui détiennent des connaissances millénaires ».
Piloté par une coalition composée du Réseau des populations autochtones et locales pour la gestion durable des écosystèmes forestiers d’ Afrique centrale (REPALEAC) et coordonné par la Rights and Resources Initiative (RRI) et son Community Land Rights and Conservation Finance Initiative (CLARIFI), la vision de ce forum repose sur le concept d’une gestion intégrée où chaque acteur (État, communautés locales et partenaires) travaille sous une bannière unique pour préserver l’immense patrimoine forestier du pays.

« Le bassin du Congo n’est pas qu’un stock de carbone, c’est un milieu de vie », a rappelé Joseph Itongwa, coordonnateur du REPALEAC. « En sécurisant les droits fonciers et en valorisant les savoirs ancestraux, on espère non seulement stabiliser le climat mondial, mais aussi assurer la subsistance et le bien-être de ses populations les plus vulnérables ».
Le défi du financement direct
L’un des enjeux majeurs de cette rencontre réside dans la mobilisation des ressources. Aurélie Flore Koumba Pambo, co-facilitatrice sortante du Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo (PFBC), a souligné l’importance de l’Appel de Belem. Ce mécanisme innovant a déjà permis de mobiliser plus de 2,5 milliards de dollars.
Elle a révélé que, contrairement aux engagements passés, cette initiative se distingue par l’accès direct des fonds, avec une volonté ferme de les voir atteindre directement les organisations des peuples autochtones et des communautés locales sur le terrain. De plus, les objectifs ne sont plus dictés par les seuls donateurs, mais définis conjointement avec les pays d’Afrique Centrale.
Au-delà des chiffres, l’impact se mesure en terres protégées. Le consortium formé par le RRI, le REPALEAC et CLARIFI s’est fixé un objectif ambitieux : sécuriser juridiquement au moins 6 millions d’hectares de forêts pour les communautés autochtones.
« Nous attendons que tous les partenaires qui financent les causes des peuples autochtones se mettent ensemble autour de ce consortium pour la mise en œuvre de la vision 2030 du REPALEAC pour la conservation de la biodiversité et l’atteinte de l’objectif 30×30 », a précisé Patrick Kipalu, directeur Afrique de RRI.
Alors que les travaux se clôturent à Kinshasa, le message est clair : la conservation de demain sera communautaire ou ne sera pas.
Alfredo Prince NTUMBA