Les cultures pérennes comme le café, le cacao et le palmier à huile ont connu un déclin en République démocratique du Congo depuis les années 1990. Cependant, elles sont essentielles pour apporter des revenus en milieu rural. L’Union Européenne, par le projet ACP Business Friendly appuie des entrepreneurs de ce secteur. Ce projet est mis en exécution par l’International Trade Center (ITC) dans les pays membres où se produit le café Robusta d’Afrique et de Madagascar en partenariat avec l’Office National des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC) pour trouver des débouchés valorisants, suffisamment rémunérateurs pour les caféiculteurs du Kongo central en général et ceux de la région du Bas-fleuve et le territoire de Lukula en particulier, où se cultive la variété Petit Kwilu.
L’une des bénéficiaires de ce projet depuis l’année 2019, Régine Tika est Coordinatrice nationale de l’ITC a créé des débouchés tant au niveau national qu’international et a établi sa propre filière en partant des graines de caféiers. En misant sur la qualité du matériel végétal, des conditions culturales, de la récolte et du traitement post-récolte par voie humide, Régine Tika a ouvert deux options à savoir, celle du café vert à l’export par le port de Boma, proche du territoire de Lukula, et celle de torréfaction dans la ville province de Kinshasa, pour emballer et commercialiser son propre café de qualité.
« Ce café est utile pour le système agro écologique du monde. Il est naturel à cent pour cent. Nous n’avons besoin que de la pluie pour qu’elle pousse. Nous n’ajoutons aucun produit chimique à nos plantations. Donc, il conserve toutes ses propriétés naturelles ; raison pour laquelle il est apprécié tant au niveau national qu’au niveau mondial. Pour arriver à s’établir à Lukula, nous avons créé un climat d’entente avec les chefs coutumiers car ils ont le monopole des terres. Par conséquent, tout se passe bien. » A expliqué la coordinatrice de l’ITC.
Ces plantations se situent dans un petit village de dix ménages, appelé Kisalu mosi. Tous les habitants ont été impliqués dans ce projet, avec l’accord du Chef coutumier. Le petit kwilu est planté dans la forêt de Mayombe. « Vous avez remarqué qu’il y a d’autres productions à part le café et le cacao, dans ces plantations. Ils cultivent donc les bananes, les arachides, les noix de palme pour ne citer que ça. Cela leur permet de survivre : scolariser leurs enfants, assurer leurs soins de santé et se prendre en charge. En plus, on remet la dynamique de gestion de culture. Avant, les gens cueillaient les baies rouges sans attendre qu’ils mûrissent. » A ajouté Régine Tika.
Ces paysans ont reçu 2.700.000 plantules de café, produites par le projet sous la supervision de l’inspecteur de l’agriculture de Lukula, sont responsables et respectueux des forêts environnantes, car elles protègent leurs cultures. Une osmose s’établit entre la forêt primaire préservée et les jachères de forêts secondaires préoccupées par les caféiers et les cacaoyers dans les bas-fonds. Les parcelles sont géo-référencées pour répondre aux exigences du règlement zéro déforestation de l’Union européenne.
« Nous veillons sur l’abattage des arbres. Donc, tout se fait dans les normes. Ce projet de l’Union Européenne est venu sauver la production. Le café s’achetait à très bas prix et cela décourageait les producteurs. Mais aujourd’hui, le prix du café est allé jusqu’à 800 francs congolais. Nous aimerions que d’autres villages s’associent à ce projet car 10 c’est trop peu. Il faut que chacun ait au moins 1 hectare. Notre rôle est d’augmenter votre revenu afin de subvenir à tous vos besoins. » A indiqué le superviseur du projet ITC, Anicet Kumbu.
La culture du café petit kwilu est donc associée à celle d’autres produits vivriers avec les légumineuses à cycle court afin de permettre aux paysans d’obtenir des revenus supplémentaires. En même temps, ces cultures apportent de l’azote aux caféiers. Et, pour régénérer cette forêt de Mayombe dévastée par des activités humaines, des arbres à hautes tiges tels que les Tola, limba terminalia et kambala y sont plantés à raison de 50 arbres par hectare. Cela crée un climat favorable et annonce des revenus pour les générations futures.
« Nous sommes dans la joie. Nous préservons les forêts comme cela nous a été demandé. Cependant, nous aimerions que le prix du café grimpe encore un tout petit peu afin que nous ayons plus de revenus. Il peut se vendre entre 900 et 1000 francs congolais par exemple. Cela nous aidera plus. » S’est exprimé Nzita Tshuka, Chef du village Kisalu mosi.
Le Kongo central n’est pas la province de la RDC qui dispose du plus grand potentiel pour les cultures de rente tel que le café et le cacao, pour lesquelles la demande mondiale est en hausse. Cependant, cette province s’érige en pilote et un laboratoire pour ces cultures en développant les bonnes pratiques telles que le respect de la forêt primaire et le géo référencement qui imposent les pays importateurs et en particulier, l’Union européenne.
Sarah MANGAZA