En Afrique centrale, les peuples autochtones et les communautés locales sont souvent victimes de la violation de leurs droits légitimes à cause d’une conservation policière pratiquée par les gestionnaires des aires protégées. Le scandale ayant mis en cause certaines aires protégées en RDC, au Congo et au Cameroun, illustre bien cette problématique qui inquiète les défenseurs des droits humains. Au cours d’une session parallèle du 04 juin 2024, axée sur le respect des droits humains, le Réseau des populations autochtones et locales pour la gestion des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (REPALEAC) a insisté sur la nécessité de promouvoir une conservation basée sur les droits humains dans la sous-région.
« On ne peut pas atteindre l’objectif de la conservation sur cet aspect des droits humains où les communautés se sentent dépossédées de leurs espaces traditionnels sans la prise en compte de leurs opinions. Leurs droits sont violés, ils vivent dans la misère, car ils n’ont plus accès aux ressources traditionnelles qui étaient leur moyen de survie », a indiqué Joseph Itongwa, coordonnateur du REPALEAC.
Pour pallier ce tableau non reluisant de la violation des droits des communautés locales et des peuples autochtones, le REPALEAC exige que ces communautés soient impliquées dans la gestion des aires protégées qui sont des sites installés généralement sur les terres de leurs ancêtres sans leur consentement. « Les solutions sont notamment, le Consentement libre et préalable (CLIP). Lors des consultations, les communautés doivent prendre part aux discussions et donner leurs avis. Elles peuvent aussi dire non, et cela doit être considéré », a-t-il insisté.
Au cours de ces échanges, la question du mécanisme de plainte (MDP) a également été mise en exergue. Cet instrument a été mis en œuvre dans certaines aires protégées suite aux différentes violations des droits humains dénoncées par les organisations de défense des droits humains. Cependant, le problème de la neutralité de ce mécanisme semble mettre en cause son efficacité déplore le REPALEAC.
« On ne peut pas voir les gestionnaires des aires protégées utiliser les mécanismes de gestion des plaintes, car ils font partie des éléments de la problématique du conflit. Il fallait justement un organe indépendant qui gère ces questions des mécanismes de gestion des plaintes », a déclaré Monsieur Itongwa.
En effet, le REPALEAC invite les Etats membres de la sous-région à tenir compte de tous les instruments internationaux qui renforcent les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Il s’agit notamment du Cadre mondial de la biodiversité qui donne des orientations sur la prise en compte non seulement des droits, mais aussi de la conservation dirigée par les peuples autochtones et les communautés locales.
« On ne peut pas écarter de la gestion, les gens qui ont géré les espaces depuis leurs ancêtres. Parce que ces ressources existent grâce à eux. Il faut savoir que les aires protégées ne sont pas une création. Elles ont existé avec la contribution de ces peuples autochtones. Ce qui veut dire que les capacités qui ont fait que cette biodiversité existe doivent être capitalisée dans la gestion des aires protégées », a conclu Joseph Itongwa.
Alfredo Prince NTUMBA